Critique : On a beau avoir connu de nombreuses évolutions sociétales, la place des femmes dans notre société continue à souffrir et voit même les droits acquis être remis en question par des conservateurs rétrogrades qui croient que tout était mieux avant. Le nouveau film de Jérôme Bonnell, « La condition », développe alors des ponts thématiques particulièrement contemporains par le traitement accordé à Céleste et Victoire, deux femmes définies par différentes formes de violence malgré leurs classes sociales respectives, et dont le destin va être marqué par une grossesse non désirée mais arrivant à point nommé.

Le trio principal, incarné par Galatea Bellugi, Louise Chevillotte et Swann Arlaud, amène ses dispositions respectives avec un talent que l’on ne pourra pas diminuer. Leurs rapports respectifs sont d’une grande acuité, avec une maîtrise de jeu qui mérite que l’on souligne le travail de la direction d’acteurs. De son côté, Bonnell semble par moments trop appliqué pour le bien du récit mais on voit peu à peu croître dans sa gestion du huis-clos le mal-être de ces femmes victimes de la brutalité masculine. C’est dans cette subtilité, cet à propos d’une possible transmission d’un mal mâle que le film trouve sa force et développe des portraits passionnants, renvoyant à des constructions aux normes toujours écrasantes actuellement et ne pouvant que répondre à une période qui se replie peu à peu sur elle-même. Alors que l’entre-soi bourgeois semble prévaloir, c’est par l’union féminine que parviennent à répondre nos héroïnes, tout en n’hésitant pas à dépeindre des failles émotionnelles et des craintes propres dans leurs rapprochements maternels.

« La condition » se fait alors un tableau d’époque dont les coups de peinture ne peuvent que conserver une précision contemporaine, ne limitant pas au film d’époque pour mieux écraser les protagonistes dans une demeure qui n’a d’infernale que son apparente banalité. Appuyé par un trio impeccable et une mise en scène réussie quand elle parvient à rendre tangibles ses mises en tensions, c’est un long-métrage plus qu’estimable et dont la sortie en édition physique devrait renforcer ses bons retours auxquels nous nous joignons tout naturellement.

Résumé : C’est l’histoire de Céleste, jeune bonne employée chez Victoire et André, en 1908. C’est l’histoire de Victoire, de l’épouse modèle qu’elle ne sait pas être. Deux femmes que tout sépare mais qui vivent sous le même toit, défiant les conventions et les non-dits.