Le documentaire Le Capital au XXIe siècle se base sur les écrits que l’économiste Thomas Pikety a présentés dans son ouvrage Le Capital au XXIe siècle paru en 2013 avec la thèse simple que 99% des richesses sont détenues par 1% de la population mondiale. Le documentaire retrace l’histoire économique depuis le début de la révolution industrielle à l’aube du XVIIIe siècle jusqu’à maintenant pour une thèse passionnante, argumentée et révélatrice sur les disparités savamment entretenues par les possédants au détriment des laisser pour compte.

Un documentaire immanquable

Le deuxième film vu à l’ouverture des cinémas le 22 juin fait froid dans le dos. Rien ne change jamais, ceux qui amassent gardent toujours aussi jalousement leur magot en faisant immanquablement l’impossible pour le partager le moins possible avec leurs contemporains. Cette tendance humaine a beau être déprimante, l’absence de recours par les pouvoir publics concoure à la pérenniser, même si la colère gronde. Les cycles économiques ne cessent de faire alterner les politiques en faveur de tous et les politiques en faveur des privilégiés. Après l’ère de l’héritage aristocratique au XVIIe siècle, la montée en puissance des puissances industrielles au XIXe siècle n’a pas concouru à abroger cette règle. La période la plus universellement prospère semble avoir été celle des 30 glorieuses à la fin de la seconde guerre mondiale, pour une remontée en flèche des disparités depuis les années 70 avec la montée en puissance de l’industrie financière. Plusieurs intervenants, dont Thomas Pikety lui-même et le politologue américain Francis Fukuyama à l’origine du pensum La fin de l’histoire publié en 1992, partagent leurs avis éclairés sur la pente dangereuse sur laquelle l’humanité est en train de se risquer. La fin des politiques gouvernementales régulatrices et la toute-puissance d’industries délocalisées mondialement dans les paradis fiscaux empêchent la mise en place d’un impôt global et donc une juste redistribution pour permettre ce fameux ruissellement appelé de ses vœux par tous les contestataires. Les thèses historiques, sociologiques et économiques aboutissent à un constat accablant, avec l’ombre menaçante de la montée des nationalismes, de la xénophobie et finalement d’une crise mondiale majeure. Comme si l’expériences des deux guerres mondiales au XXe siècle n’avait pas été apprise et ne servait à rien. Des raisonnements plus légers émaillent le film, comme celui concernant la mode ou le comportement de joueurs de Monopoly évoluant avec des règles défavorables pour certains joueurs et très favorables pour d’autres joueurs. Un vrai film passionnant aux thèses d’une intelligence rare.

Le Capital au XXIe siècle n’est pas un film foncièrement joyeux. Combien même intelligent et passionnant, il casse le moral avec sa conclusion sans détours. Si rien ne change, un conflit majeur pourrait survenir. Cette perspective réveille des souvenirs douloureux mais elle ne semble pas émouvoir outre mesure les dirigeants du monde. De quoi déprimer sec, donc…