Les Misérables, c’est évidemment un classique signé Victor Hugo, avec les Thénardier situés à Montfermeil non loin de Paris à la fin du XIXe siècle. L’auteur y expose les vicissitudes d’un monde ouvrier confronté à une justice aveugle et à un pouvoir si éloigné qu’il semble se désintéresser de son peuple. C’est justement dans cette commune que se situe le film et plus précisément au cœur d’un quartier jonché de barres d’immeubles. La France cosmopolite s’y rassemble autour de son équipe de France vainqueur de la coupe du monde en juillet 2018. Mais la colère gronde suite à une bavure policière. Le film se veut extrêmement réaliste pour proposer un tableau le plus fidèle à la réalité. Mais est-ce bien le cas?

Un film puissant en émotions

Les personnages principaux sont trois policiers de la BAC de faction dans le quartier. Blagues et réparties acides alternent pendant longtemps avec des contacts assez cordiaux avec la population, même si teintés d’une hypocrisie bon teint. Un maire officieux du quartier gère les rapports avec des policiers qui doivent montrer les muscles pour ne pas se faire maltraiter par leurs interlocuteurs. Car les trois policiers sont des êtres humains, avec leur vie personnelle et leurs propres problèmes, là dessus le film a le mérite de bien exposer la situation. Après une journée de rapports conflictuels, les policiers doivent laisser à la porte de chez eux les engueulades, les menaces et les regards en coin. D’un autre côté, la cité s’organise en communautés et là le bat blesse un peu. Car d’une part le spectateur même peu habitué comprend tout. Le langage n’est pas du tout fait de verlan et d’ajouts extérieurs, tous les protagonistes ont un langage bien châtié, voire trop. Comment se croire en banlieue, difficile à dire. Autre sujet passé sous silence: les trafics, notamment de drogue. Ici, un personnage explique que les Frères Musulmans ont mis le hola. Sauf que la caméra s’attarde sur les jeunes ados, les anciens, une catégorie d’âges semble avoir disparue du radar. Les jeunes adultes, ceux qui sont habituellement les plus impliqués dans les trafics en tout genre. Difficile à croire que Montfermeil déroge à la règle. Bref, voici pour les insuffisances contextuelles criantes. Mais ce n’est pas tout car si le film fait monter les inimités petit à petit, avec un jeune qui subit une bavure, sa décision de sévir se base sur une envie d’en découdre qui semble sortir de nulle part. Les anciens de la cité sont pris à partie autant que les policiers, c’est un torrent qui se déchaine sans préavis. Le spectateur n’a pas besoin d’explications de texte mais au moins d’un vrai motif général. Car les jeunes semblent se satisfaire de la torpeur initiale et le respect des anciens semble s’établir comme une loi non-écrite générale communément admise. Et tout d’un coup, c’est la tornade, le spectateur est un peu perdu. Le jeune héros Issa (Issa Périca) a tout de la graine de violence, laissé pour compte par une famille nombreuse où les traditions commandent de laisser les plus jeunes s’ébattre dans la rue. Quand son visage tuméfié rend parfaitement compte de la bavure qu’il a subie, sa réaction est de rameuter ses potes et de punir les auteurs. Bon, d’accord. La scène est violente, voire hautement inconfortable. Mais est-elle réaliste? Il y a lieu d’en douter. Alors le film surfe sur ce qui fait les gros titres, comme ces mortiers artisanaux utilisés contre les voitures de police. Ou ces rapports homme/femme coiffés du voile de l’interdit. Le film n’évoque en filigrane que les luttes de pouvoirs qui s’établissent entre communautés prosélytes. Les séjours en prison sont fréquents, certains en ressortent pour mieux y revenir, d’autres cherchent des voies pour ne plus y passer. Le réalisateur semble résumer à l’excès ce qui aurait pu être plus foisonnant et varié. Alors oui, le réalisateur Ladj Ly maitrise l’art de la caméra et sait insuffler un vrai rythme à son opus, c’est véritablement très loin d’être un film artisanal. Les faciès sont tendus, les humeurs sont à fleur de peau, le film montre bien que la douceur de vivre n’est pas l’apanage de la vie en banlieue.

Les Misérables le film, c’est avant tout un thriller sur fond de banlieue. Les flics dénués de moyens suffisants font leur travail avec des bouts de ficelle, les jeunes s’emportent finalement dans un dénouement ultra violent. Est-ce donc bien le film de banlieue tant attendu? Pas forcément. Mais le film se regarde avec intérêt et les jeunes acteurs amateurs sont vraiment investis. Donc coup de chapeau.