Midsommar
Midsommar

Et si un film d’un classicisme poussé à l’extrême, sans monstres ni recoins obscurs parvenait à surpasser toutes les pochades adolescentes soi-disant horrifiques pour instiller un vrai malaise malsain dans l’esprit des spectateurs? Midsommar se passe quasi exclusivement en plein jour pendant une fête du solstice d’été en plein cœur de la Suède éternelle aux forts relents païens, avec sacrifices humains et traditions ancestrales scabreuses en prime. Quand un petit groupe de touristes américains débarque, ils ne savent pas à quoi s’attendre, ils ne sont pas au bout de leurs peines. Surtout le réalisateur Ari Aster ose tout, horreur frontale, corps déchiquetés, cannibalisme et j’en passe. Et que le but n’est pas seulement d’effrayer gratuitement mais d’interroger le spectateur sur notre niveau de conscience.

Une vraie surprise réaliste

L’avantage principal du film est de se débarrasser de tous les artifices superflus trop largement utilisés dans le cinéma d’horreur actuel. Pas de petite poupée diabolique, pas d’esprit frappeur, pas de créature démoniaque. Le réalisateur invoque des traditions animiques d’obédience plutôt païenne et pré-chrétiennes, complètement oubliées des sociétés capitalistes consuméristes. La nature prend la place des écrans, le respect des anciens est prépondérant et les rythmes de vie sont ancrés dans un intérêt collectif et non point individuel. Une fête du solstice qui ne se produit que tous les 90 ans amène son lot de curieux aussi intrigués qu’ignorants des détails des rituels. Dani et ses amis débarquent dans un univers féérique, fait de ciel bleu perpétuel et de prairies verdoyantes. Quelle n’est pas leur surprise lorsque la première journée de festivités voit son premier lot d’évènements horribles pour leurs yeux pas du tout habitués. Il ne faut pas trop en dire pour préserver le mystère, tout juste peut-on dire que le réalisateur n’hésite pas à faire de gros zooms sur des corps mal en point. Engoncés dans leurs rites ancestraux, les locaux n’ont aucune limite et en font voir des vertes et des pas mures à leurs invités. Sans musique stressante ou effets visuels superfétatoires. Et ça marche. Le spectateur sursaute, vit un moment pénible et imagine ce que serait sa propre situation dans un même contexte anxiogène.

Film d’horreur? C’est plus une conséquence de la volonté des studios de classer à tous prix leurs films dans des catégories propres à attirer le spectateur. C’est aussi un film anthropologique qui interroge sur notre ethnocentrisme éthéré. Midsommar dérange et interroge, c’est quand même tout à son honneur.