C’est bien connu, on aime les méchants au cinéma. Que ce soit par leur côté contestataire, libre, intelligent, charismatique et j’en passe… Un bon film n’a de valeur que si l’opposant est de qualité. Nous en connaissons : Ledger dans « The Dark Knight » (en tête de liste bien sûr, 2008, C. Nolan), Lee Van Cleef dans « Le Bon la Brute et le Truand » (1966, Sergio Leone) ou Peter Lorre dans « M le Maudit » (1931, Fritz Lang).


Les « vilains » arrivent à se démarquer par leur jeu

Eh oui, ils sont souvent construits en miroir par rapport au héros. Le méchant et le héros se répondent et se ressemblent. D’ailleurs, c’est souvent le héros qui, par son action « héroïque », créé un vilain. Sans Batman, il n’y aurait jamais eu de Joker. On se rappelle tous de la scène de l’arrivée du Joker à la fête de Bruce Wayne pour Harvey Dent, construite en parallèle de l’arrivée de Bruce Wayne à cette même fête. Autrement dit, il faut qu’ils soient complémentaires.


Mais alors, pourquoi Mads Mikkelsen incarne-t-il ces rôles à la perfection ?

Tout d’abord, physiquement. Ses yeux en amande (qui rappellent Lee VanCleef) lui donnent un air calculateur, malin, profond. De plus, pour prendre les exemple de la série Hannibal ou du James Bond dans lequel il interprète le rôle du Chiffre (2006, Casino Royal) , il incarne un calme dérangeant, glacial. L’acteur a commencé sa carrière avec Pusher (1996) de Nicolas Winding Refn, punk et brut à souhait. Sa voix rauque et son regard perçant lui font crever l’écran à chaque apparition. Il n’est pas l’acteur qui dispose des plus longues lignes de dialogues, incarnant souvent des vilains calmes et charismatiques. Son jeu est divisé entre sa présence pesante et sa classe aristocratique. D’ailleurs, ça lui permet de varier ses rôles. Même s’il a un talent remarquable pour interpréter les méchants, il dispose d’une palette de jeu assez large pour incarner : Jacob dans « After the Wedding » de Susann Bier (2006), un résistant dans « Les Soldats de L’ombre » de Christian Madsen (2008), ou encore un rôle comique dans Men & Chicken (Anders-Thomas Jensen, 2015).


Mais pourquoi ne le voit-on pas plus ?

Tout d’abord, c’est un acteur qui joue beaucoup dans des films danois, qui sont rarement bien distribués en France (mis à part N. Winding Refn). Ensuite, il est très varié dans sa filmographie. En effet, il reconnaît lui-même qu’il se préoccupe peu de sa carrière d’acteur et n’accepte des rôles que lorsque le projet le séduit et l’intéresse, expliquant cette variation dans ses interprétations. Il n’a pas peur de passer d’un film français (Michael Kohlass, 2013, Arnaud des Pallières) à un blockbuster américain (Starwars : Rogue One, 2016) et a même reçu la palme du meilleur acteur pour La Chasse (Thomas Vinterberg, 2012).


Une capacité d’adaptation remarquable…

… et un physique dont on se souvient et une voix profonde suffisent-ils à créer de « bons méchants » ? On pourrait dire que c’est un bon début. Mais mon but n’est pas d’amener une réponse définitive. Je pense qu’il s’agit des émotions. Passé maître dans la transmission volontaire de telle ou telle émotion, Mads (oui, je l’appelle Mads) se plonge entièrement dans ses rôles et c’est une des figures majeures de ce qu’on appelle « le jeu libre ». Dans sa vie, cet homme simple, sympathique et porté sur sa famille est loin de ses rôles. Et pourtant, dès qu’il apparaît à l’écran, on oublie l’acteur pour se replonger dans les personnages. C’est donc un acteur qui porte ses rôles et non pas l’inverse, jusqu’à réussir à rivaliser avec Anthony Hopkins dans son interprétation d’Hannibal Lecter, ou à incarner un méchant plus valable que le héros dans Docteur Strange (Scott Derrickson, 2016). Si je devais le comparer à un autre acteur, en l’occurrence une actrice, ce serait Tilda Swinton. Une filmographie aussi variée, des beautés peu conventionnelles et des transformations physiques toutes plus extravagantes les unes que les autres, en font deux acteurs aux jeux et aux rôles très variés, et travaillant avec différentes productions dans différents pays. À une époque où l’on se dirige vers une uniformisation des interprétations, ces deux acteurs tiennent une place toute particulière dans mon cœur.

Et pour vous, quelle est votre figure de méchant préféré ?