Des mois qu’il fait parler de lui, ce nouveau film de Martin Scorsese ! Un budget de plus de 100 millions de dollars, une durée de près de 3h30 auront eu raison des sociétés de production et conduit Netflix à faire l’un des plus gros coups de communication de son histoire.
Ayant réussi un double exploit notable (réunir à nouveau Robert De Niro et Al Pacino sur grand écran et sortir Joe Pesci de la retraite), c’est dire si The Irishman était attendu.

Une grande fresque historique, crépusculaire et très humaine

Basé sur des faits réels, The Irishman retrace la vie de Frank Sheeran (Robert De Niro), routier devenu syndicaliste et tueur à gages pour la mafia italienne de la côte Est, proche du parrain Russel Bufalino (Joe Pesci) et du très controversé Jimmy Hoffa (Al Pacino), président du plus puissant syndicat américain de l’époque.
L’oeuvre se déroule sur une quarantaine d’années et c’est tout un pan de l’histoire américaine qui se dévoile au spectateur, du début des années soixante jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix.
Scorsese visite à nouveau un territoire bien connu, celui de la mafia italo-américaine. Pourtant, son propos s’étend plus loin, touchant notamment le monde complexe des syndicats à travers le tonitruant Jimmy Hoffa, un personnage haut en couleurs.
Extrêmement riche, The Irishman rappelle bien sûr les grands classiques du maître que sont Les Affranchis et Casino. Pourtant, ce nouveau film prend un chemin différent et inattendu, évoquant le déclin, la vieillesse et la mort comme jamais Scorsese ne l’avait fait auparavant. Le réalisateur semble trouver une forme d’apaisement en filmant ses personnages abimés et vieillissants. Impossible de ne pas y voir un film testamentaire, notamment lorsque Frank Sheeran organise le sabotage de dizaines de taxis jaunes, brûlés ou jetés à l’eau.

Un trio d’acteurs au firmament

Robert De Niro joue le rôle d’un personnage taiseux, qui accomplit la tâche sans jamais discuter. Sa vie professionnelle mais surtout familiale est au centre de l’oeuvre, l’acteur portant cette riche histoire à lui tout seul et brillant particulièrement dans une dernière partie très mélancolique.
C’est un immense plaisir de revoir enfin Joe Pesci, qui avait quasiment disparu des écrans depuis une vingtaine d’années. Il nous avait habitués chez Scorsese à des rôles de personnages imprévisibles, violents et hors de contrôle ; dans The Irishman il campe un homme intelligent, calme et calculateur, à l’opposé des terribles Tommy de Vito et Nicky Santoro.
Mais c’est véritablement Al Pacino qui tire son épingle du jeu, en interprétant un Jimmy Hoffa colérique, en roue libre et parfois complètement déjanté. Il aura fallu attendre 2019 pour voir enfin les légendes Pacino et Scorsese travailler ensemble, et le résultat est brillant. Petit homme excité, torturé, gesticulant, très à cheval sur la politesse (il ne faut surtout pas arriver en retard), le personnage envoie une anthologie de répliques croustillantes et bat certainement le record du nombre de « cocksucker » prononcés dans un long métrage. Al Pacino est éblouissant.

Quelques imperfections vite oubliées

Si on peut reprocher quelques longueurs au film, notamment vers le milieu (après déjà une bonne heure et demi de visionnage), celles-ci seront vite éclipsées par le principal rebondissement du film, sa minutieuse mise en place et ses conséquences terribles et définitives pour le personnage principal.
Le second écueil est probablement l’abus de « de-aging », pratique très à la mode consistant à rajeunir les personnages. Le Frank Sheehan quadragénaire ne ressemble jamais au Robert De Niro de 40 ans que l’on a connu (problème de corpulence, d’étonnantes lentilles de contact bleues). Les protagonistes interprétés Pesci et De Niro sont sensés avoir une vingtaine d’années d’écart et ce n’est jamais très crédible. C’est parfois laid et numérisé, mais vite oublié tant l’histoire emporte et le jeu d’acteur est juste
The Irishman se fait aussi très drôle via des répliques très référencées pour tout amateur de Scorsese, quelques comiques de situations bienvenus et par le biais du pétaradant Jimmy Hoffa, inoubliable.

A vos téléviseurs

Il faudra attendre le 27 novembre pour découvrir cette oeuvre très riche qui risque néanmoins de diviser, en prenant le parti d’étaler l’histoire sur plus de trois heures. The Irishman éclate par sa sobriété, sa justesse et l’interprétation habitée de trois acteurs extraordinaires.
Tour à tour film de gangster, film politique, road movie, et drame intimiste, parsemé d’humour, de coups d’éclats tétanisants et d’une mélancolie inédite chez Scorsese, The Irishman est un immense film, une oeuvre fleuve. Du très grand cinéma.