Critique : On aime se souvenir des gens d’une certaine manière et ce qu’importe les années passées. Qui ne se sent pas encore proche d’un ami d’enfance et ce même sans avoir discuté avec lui depuis un long moment ? Ce rapport au passé irrigue « Acki », bande dessinée de Max Baitinger disponible chez L’employé du moi. Cela donne un certain contour émotionnel à ce récit qui a tout du conte contemporain absurde et de la vraie fausse enquête pour retrouver le temps perdu et les copains qu’on y a laissé.

On se prend vite au jeu par la gestion de ses traits, n’hésitant pas à varier entre une certaine épure de cadre et précision du mouvement avec une fluidité qui sied à notre expérience de lecture. En restant sur des teintes de couleur limitées, l’auteur reste dans un univers propre à lui-même, allant de sens avec les pensées et réflexions de Dietz. La façon dont le personnage fait avancer le récit par son obstination de ne pas se confronter au temps passé a quelque chose de l’errance fascinante, fuite en souvenirs qui peut désincarner. Il suffit de constater la façon dont le protagoniste déborde en gestes et en évolutions du corps pour marquer une difficulté à se stabiliser autrement que par le mémoriel, laissant toujours la place aux personnages plus qu’aux décors avec ce fond blanc perpétuellement présent. Il s’en crée une imagerie passionnante par ce flou, concevant ses thématiques avec une joyeuseté prenante.

« Acki » se révèle une œuvre graphique en expérimentation constante, cherchant perpétuellement à donner corps à l’évocation des pensées et souvenirs dans un absurde drôle toujours charrié par une humanité forte. On apprécie se perdre dans ce road trip foireux et burlesque où l’on cherche Acki à défaut d’attendre Godot. Il y a quelque chose d’attendrissant et drôle à suivre Dietz et Volker dans ce périple urbain où le matériel importe moins que le mouvement du corps et de la pensée, liés dans leurs interrogations respectives avec un rythme de faux surplace et de l’idéalisation de l’amitié passée. On avoue avoir refermé l’ouvrage avec l’envie de recontacter à notre tour un ami d’enfance avec l’espoir qu’il ne nous enverra pas balader sur une proposition de prendre une bière comme si le temps n’importait pas…

Résumé : Dietz, la quarantaine, est ingénieur et père de famille. Un été, il embarque Volker, musicien apathique et cleptomane notoire, dans un road trip direction Leipzig pour rejoindre Acki. Dès le début, le tant attendu week-end de retrouvailles déraille quand leur vieux copain d’enfance ne donne plus de nouvelles. En attendant qu’il rappelle, le duo insolite tue le temps dans les rues de Leipzig, se rend au musée le jour et fait la tournée des bars la nuit. Mais pour éviter que le week-end ne se solde par un échec, Dietz et Volker finissent tout de même par se lancer à la recherche de leur camarade introuvable.