Critique : Nous avions parlé d’Alexandre Ptouchkho par le biais du magnifique « Les voiles écarlates », permettant de toucher l’irréel de la mer au sein d’un récit romantique à souhait. Pour son dernier long-métrage, le réalisateur soviétique s’est lancé dans le poème épique, ce qui se ressent dans l’ampleur visuelle du film mais également dans les moyens mis en place par Artus pour le mettre en avant dans une édition de qualité. Ainsi, en plus d’un Blu-Ray/DVD avec un Master 2K restauré, le film est accompagné d’un riche livret de 100 pages qui se dévore rapidement. Mais quid de « Rouslan et Ludmila » même ?

Comme toujours avec Alexandre Ptouchkho, on se retrouve vite pris par la gestion des couleurs qui donnent vie à ses films. Ici, cette gestion colorimétrique confère indubitablement des contours de conte vivant, ce qui sied au récit et aux périples en son sein. Son traitement du médiéval touche quasiment au naïf de récits, parvenant à conférer un corps d’intrigue d’antan avec une ampleur croissante, notamment dans ses scènes de bataille. Les décors de studio réussissent à transposer cette même imagerie magique, ne perdant pas en pouvoir de fascination à travers les années. L’esthétisation est totale, poussée à bout avec un sentiment grisant qui rend le visionnage de ses presque 2h30 de long-métrage plus court que prévu par ce travail visuel prenant.

Prod DB © Mosfilm / DR RUSLAN ET LUDMILA (RUSLAN I LYUDMILA) de Aleksandr Ptushkov 1972 URSS avec Natalya Petrova scene, piece de theatre, soldats, enlevement, kidnapping, capture

Épique mais surtout féerique, « Rouslan et Ludmila » a tout du conte médiéval esthétique jusqu’à l’excès, invoquant tout le pouvoir de fascination des récits d’antan avec grandeur et flamboyance. On reste impressionné par son ampleur assumée, bien que cela reste sans doute trop ancré dans son contexte de production pour son propre bien. Il n’empêche que pouvoir profiter de pareil titre divertissant à souhait dans une édition physique aussi riche reste un plaisir de spectateur dont on ne se lasse pas, surtout quand c’est pour mettre en avant un metteur en scène aussi fort visuellement qu’Alexandre Ptouchkho.

Résumé : Vainqueur des ennemis à l’est, Rouslan rentre triomphalement à Kiev, où le roi Vladimir lui a promis la main de sa fille Ludmila, attisant la haine de trois prétendants jaloux. La nuit-même, Ludmila se fait enlever par un être maléfique, envoyé par le sorcier Tchernomor. Le roi promet sa fille au premier preux qui la ramènera. S’engage alors une longue quête pour Rouslan, semée d’embûches et de péripéties, pendant laquelle il devra affronter aussi bien des créatures fantastiques que ses rivaux.