Critique : Quel rôle adopter face à l’étude du passé procurée par l’archéologie quand le futur semble si incertain ? Ce doute, Marc-Antoine Kaeser l’exprime très bien dans son ouvrage, « Décoloniser le passé : l’archéologie et le réenchantement du monde », disponible depuis peu en format poche aux éditions de l’Académie Royale de Belgique. Il faut bien admettre que cette interrogation ne peut que nourrir cette science, d’autant plus dans une période où l’on aime à diminuer l’importance des pratiques scientifiques à coups de théories du complot, de « fake news » et autres affirmations sans fondements. Cet ouvrage assez condensé (à peine plus de 150 pages) s’avère donc plus que pertinent à lire en ce moment.
Le développement de chapitres progressifs permet une réflexion croissante, nourrie par les inquiétudes actuelles tout en les réorientant en évolution de la pratique archéologique contemporaine. En acceptant que cette science a toujours existé pour continuellement s’interroger sur ce qui nous a précédé, on en vient à un traitement qui se doit de muter en même temps que la société, sans diminuer les freins qui s’ajoutent, comme son rapport de financement ou la façon dont celle-ci a influé la colonisation du monde. Le texte est réfléchi, permettant de réévaluer l’héritage de la pratique et son besoin de subsister d’autant plus en ce moment, et ce malgré les obstacles qui lui font face.
Nous n’avons pas la prose ni la précision réflexive de Marc-Antoine Kaeser, sachant que nos connaissances sur le sujet abordé restent très limitées. Mais c’est justement pour cela que nous recommandons « Décoloniser le passé : l’archéologie et le réenchantement du monde », permettant de pousser les paradigmes de compréhension de la pratique et son évolution avec une richesse intellectuelle qui devrait satisfaire un large public comme l’espère l’auteur dans son avant-propos. Cela nous donne en tout cas l’envie de garder un œil sur cet art de défraîchir le passé afin de mieux appréhender les enjeux à venir, aussi flou soit le futur.
Résumé : Face à la déroute du consumérisme libéral et l’avènement de l’Anthropocène, les anciens rêves d’avenir prometteur se sont peu à peu évanouis. Et si l’archéologie pouvait nous aider à sortir de l’impasse du présent ? Cet essai souligne l’extraordinaire pouvoir libérateur d’une discipline renouvelée, affranchie de son rapport de domination sur le passé, réconciliant les arts et les sciences, selon l’idéal des savants de la Renaissance