Critique : Le début du film d’Aitor Arregi et José Mari Goenaga (ce dernier étant également scénariste) vend une possibilité de liberté estivale. Ainsi, on suit Vicente, profitant de sa retraite pour pouvoir s’exprimer librement à tous les niveaux. La photographie appuie ce côté ensoleillé, jusque dans ces nuits où les corps se lient et se délient au gré de passions passagères. Mais quand l’accident survient, et avec lui l’écran-titre « Maspalomas », on comprend mieux que ce début trop éphémère restera un objectif, un besoin de liberté à retrouver en même temps que notre protagoniste principal.

La maison de retraite y a ainsi tous les traits d’enfermement possibles, par son cadre étouffant avec ses murs écrasants ou encore cette homosexualité à dissimuler entre pensionnaires animés par une fin de vie déprimante. Ici, les relations sont cachées, contenues, les distances permanentes obligeant à s’interroger sur les possibilités amoureuses dans un lieu qui redétermine les violences sociales. Les réalisateurs parviennent à donner une tangibilité dans leur approche, un malaise qui réinterroge les acquis d’identité dans ce microcosme ibérique qui répète ses préjugés et son rejet. Pourtant, on sent poindre la lumière d’un Vicente qui croit en la possibilité de retrouver le rêve du début, de ne plus être enfermé à nouveau par des carcans sur ce que doit être une masculinité qui vieillit et à l’hétéronormisation de son univers.

C’est en cela que l’on se retrouve touché par « Maspalomas », réinterrogation de coming out dans un cadre écrasant faisant de sa maison de repos la réplique de pièges brutaux de la société. Malgré ses violences et ses dissimulations obligées pour subsister, on y sent la chaleur d’un possible, d’une amélioration et surtout d’une affirmation de soi face à un monde qui impose constamment l’identité à suivre. Aitor Arregi et José Mari Goenaga ne diminuent jamais les brutalités mais parviennent à tenir une balance peu aisée pour parler d’un homme qui veut juste la liberté d’être lui-même et d’aimer. On en sort très ému.

Résumé : Sous le soleil brûlant de Maspalomas, aux îles Canaries, Vicente savoure depuis vingt-cinq ans une retraite insouciante. Mais un accident l’arrache à son paradis. Rapatrié à Donostia, il est placé par sa fille dans une maison de repos où le temps semble figé et où ressurgissent les fantômes du passé. À nouveau contraint de masquer son identité, une seule idée l’obsède : s’évader… et retrouver la liberté de Maspalomas.