Test effectué sur Nintendo Switch 2 en portable
Comment suivre un volet qui a ravivé une saga complète par un côté plus sec et resserré de son effroi ainsi que de son action ? Voilà une question qui a dû tarauder dans les têtes des employés de Capcom au vu du succès phénoménal de « Resident Evil 7 ». Alors que la franchise redémarrait en arrière avec les remakes des opus 2 et 3, l’histoire principale se devait de suivre avec autant d’éclat que ce faux reboot, vraie suite qui avait ramené les gens à avoir de nouveau peur devant un « Resident Evil ». Néanmoins, répéter la formule n’a jamais été quelque chose d’inscrit dans l’ADN de la saga, cherchant constamment à muter dans des directions qui peuvent parfois surprendre mais restent malgré tout inscrites dans la tonalité multiple de la saga…
Et c’est comme ça qu’Ethan Winters se retrouve envoyé dans un village perdu, surpris par le meurtre de sa femme par Chris Redfield (un point qui aura choqué les fans à la fin de la première bande-annonce du jeu). Ce drame initial va envoyer notre héros dans un sentiment d’incompréhension bien vite partagé mais surtout une culpabilité qui va être accentuée par le massacre de villageois devant ses yeux. Nous sommes face à un spectacle nourri par l’amertume, de ceux qui vont repousser notre protagoniste dans des retranchements personnels complémentaires à l’opus précédent mais se personnifiant autrement. Au point de vue du rythme, on peut admettre qu’il y a de quoi nous prendre à revers, surtout en opposition avec la fausse tranquillité des premières minutes, entre conte pour enfants et semblant de foyer où perce malgré tout une tension ente notre protagoniste et sa femme. L’angoisse de l’inconnu accentuée par la forêt, puis la fuite en avant pour échapper à des créatures aux contours de lycanthropes, crée un bouleversement semblable à la sensation de perte brutale et l’absence d’informations sur le sort du bébé d’Ethan, Rose.

Le récit va alors reprendre des contours plus mécaniques par ses confrontations contre quatre ennemis distincts avec des mécaniques différentes mais assez peu égales, ce qui rend le déroulé par moments un poil trop crispé pour son propre bien. Le manoir initial, mené par Lady Dimitrescu et ses filles, constitue un excellent point de départ jouant entre la splendeur du lieu et ses sous-sols décrépis qui révèlent la nature sanguinaire de nos ennemies. Il est compréhensible que la promotion ait désiré mettre en avant cette part du jeu tant sa mécanique de menace constamment en notre recherche et ses choix de design fonctionnent pleinement. En ce sens, la puissance de la Nintendo Switch 2 dans l’affichage de ces lieux a de quoi surprendre ses détracteurs tant il n’y a rien à dire en portable, au point même de constater les traits de brosse de certains tableaux. Le côté enfermé de la zone permet de maintenir une tension palpable tout en ayant cet esprit croissant des ennemis à éliminer au fur et à mesure, avec une prise en main impeccable et quelques propositions d’allers-retours afin de trouver certains trésors (ce qui sera d’ailleurs une mécanique plus globale du jeu, jouant au monde semi-ouvert pour mieux pousser à l’exploration).
Le second manoir, celui de Lady Beneviento, se révèle également admirable par sa façon de capturer une peur palpable qui cristallise les doutes personnels de notre héros. Dès son chemin forestier, la sensation de mal-être se voit renforcée et renvoie aux sentiments contradictoires par son décorum, ses contours plus morbides mais surtout sa menace la plus tangible en l’état d’un fœtus géant. Alors que l’auscultation du faux cadavre de Mia appelle Ethan à reconsidérer son état, cette apparition cauchemardesque nous pousse à un sentiment de terreur comme peu atteint par la licence. On pourrait alors regretter la nature brève de ce lieu ainsi que la frustration de le rejouer en new game plus au vu de l’inventaire réinitialisé, mais il n’empêche que son atmosphère brille durablement, rendant l’endroit effrayant même en le revisitant encore et encore.

Il est alors évident que le soufflé va retomber avec le reste des lieux proposés par le jeu. Le village a son charme par son côté semi-ouvert et impressionne encore une fois techniquement sur Switch 2, mais sa revisite constante peut lasser sur la longueur, surtout au vu de barrières artificielles à certains endroits. Pis encore, la zone accordée à Moreau tombe à l’eau (jeu de mots volontaire) par la nature même de son ennemi, peu intéressant malgré le potentiel aquatique. Quant à Heisenberg, son usine capte la nature grotesque d’une horreur Resident Evilienne mais perd également de son rythme dans la durée. Cela n’empêche pas l’idée intéressante de reprendre une symbolique de monstres du fantastique, comme on peut le voir entre simili-vampires, loups-garous et autres relectures du monstre du Lagon ou encore du docteur Frankenstein, quitte à surcharger un peu le jeu.
Ce côté trop-plein pourra alors être vu comme la meilleure qualité ou le pire défaut de ce huitième opus, cherchant à varier constamment entre effroi et action avec un aspect sans doute déséquilibré mais néanmoins plaisant. Ainsi, des portages récents de Resident Evil sur la Switch 2, c’est peut-être à celui-ci qu’on a joué le plus car il provoque un amusement constant, encore plus dans cette édition très fournie avec DLC et bonus. Si on appréciera le côté plus distinct entre horreur et action de « Requiem », reste à assumer que c’est un jeu parfait pour le mode portable avec sa prise en main directe, son travail technique exemplaire et des graphismes qui prouvent les capacités de la machine (comptez quand même que la batterie ne durera pas plus de deux heures en mode portable sans branchements).

Concernant l’approche narrative, si on pourra reprocher comme noté des contours trop mécaniques par la progression globale, il y a quand même quelque chose de prenant dans la manière de voir Ethan Winters être développé et utiliser sa paternité comme moteur principal au jeu. La crainte de l’héritage et de la transmission du traumatisme est induite dans le récit, tout comme le rapport familial de la série déjà brossé dans le volet précédent. Ici, les mises en tensions entre membres d’une même « communauté » ne font que renvoyer aux appréhensions du protagoniste dans son couple et sa famille, jusqu’à une révélation finale qui aura frustré mais va dans la logique de faillibilité du protagoniste. Il s’y développe une amertume logique, rendant le conflit final plus ému que prévu, en particulier par l’attachement qu’on aura su créer malgré le peu de traits distinctifs de notre héros. On pourra par contre regretter que les révélations sur les agissements de Chris soient constamment freinées pour jouer sur le mystère, bien que le récit verbalise cet aspect durant une mission pouvant être vue comme un moment de défoulement avant le climax attendu.
Voilà pourquoi nous mettons la même note à « Resident Evil Village » qu’à son prédécesseur : là où le 7 réussissait en condensant ses mécaniques vers une peur plus organique et à l’avancée resserrée, cet opus se perd un peu en essayant de se raccrocher aux diverses tonalités de la licence tout en connaissant des sursauts absolument brillants ainsi qu’un plaisir de jeu appuyé. De même, le portage Switch 2 se révèle particulièrement solide et pousse à la redécouverte constante en format portable, le tout sans aucun souci technique de notre côté à la suite de nombreuses parties. En clôturant le chemin d’Ethan Winters dans un titre qui part dans une variété d’excellentes idées tout en conservant une amertume permanente, nous faisons face à la mutation la plus graphique de la licence, peut-être la plus généreuse mais surtout la plus interrogative sur ce qui fait ses mécaniques et son univers. Nous sommes loin des sommets de la licence (et en pourra dire que le remake du 4 aura su consolider certains aspects amusants en perdant en émotivité) mais c’est une suite clairement intéressante, qui ne pourra que diviser mais qui conserve un charme fou, encore plus quand on a l’occasion de s’y replonger en chemin pour mieux admirer la puissance de la Nintendo Switch 2…






