Il y a des projets qui semblent si évidents que l’on peut s’interroger sur comment ils peuvent ne pas fonctionner. Adapter « Hunger Games » pourrait intégrer clairement cette catégorie tant l’approche des romans de Suzanne Collins impose un regard sur des coulisses médiatiques et joue constamment du visuel pour critiquer une médiatisation accrue de la violence sur fond de dystopie. Il y avait donc des bases intéressantes, surtout au vu des possibilités techniques offertes par le théâtre et la nature imposante de nombreux spectacles diffusés à Londres. Malheureusement, cette adaptation constitue une grosse déception à nos yeux, que ce soit d’un point de vue de fan ou d’amateur dilettante.

En arrivant dans la salle du Troubadour Canary Wharf où se déroule le spectacle, on constate déjà l’idée d’entourer la scène de gradins, renvoyant à l’arène des Jeux de façon pertinente tout en apposant sa patte sur le décorum. En rappelant les combats de gladiateurs assumés par Collins dans ses inspirations, les fans sont réinscrits dans le fameux Panem et Circenses romain tout en conservant la question du spectacle voyeuriste d’enfants s’entretuant. Cela impacte néanmoins l’approche du récit, collant plus à la narration du livre. Sachant que dans ce dernier, Katniss est la narratrice qui nous raconte son histoire tout du long à la première personne, « Hunger Games on stage » reprend ce motif directement. Ce qui fonctionne dans un roman ne fonctionne pas nécessairement en spectacle et en voici la preuve : Mia Carragher se retrouve à faire constamment le tour de la scène pour s’exprimer envers chaque partie de l’audience, ce qui alourdit fortement la narration. Pour qui se fait ce choix ? Les fans des ouvrages et des films savent bien comment se déroule la base et ceux qui n’y connaissent rien vont se retrouver à soupirer devant la manière de balancer les informations de manière si plate.

Cela pourrait paraître du chipotage si l’on n’avait pas les ajouts faits à la pièce, notamment tout ce qui concerne le Capitole. En voulant présenter la décadence et l’insouciance du cœur névralgique de cette dictature, le spectacle tombe dans une forme de mauvais goût bigarré qui n’arrive pas à réellement faire exister ses intentions. Les costumes criards et le morceau chantant ajouté, s’ils créent une distance immédiate avec la retenue graphique du district 12, ne créent pas le choc attendu et semblent presque hors sujet. On se retrouvait déjà mis à distance par les tenues assez pauvres des pacificateurs mais un sérieux manque de budget se ressent ici face aux costumes de manière générale. Peut-être que des économies auraient pu être faites en ne représentant pas Snow uniquement par des projections d’un John Malkovich qui semble peu impliqué dans ses quelques scènes.

Dans tous les cas, les visuels impressionnent peu alors même que la technique s’avère remarquable, notamment dans ses transitions de décors. On ne peut pas imaginer la machinerie en dessous et au-dessus de la scène. Néanmoins, ce clinquant n’aide que peu et rend l’épure des affrontements d’autant plus frustrante. En ce sens, la mise en avant de cascades sur des côtés de la scène fait plus penser à de l’esbrouffe quand les vrais affrontements semblent manquer de moyens et d’attrait. Il y a évidemment la question de transformer la violence en spectacle, quelque chose de logiquement inhérent à la saga, mais tout cela semble trop facilement évacué ici pour des effets assez bas de gamme à force de vouloir impressionner sans service le récit. Un autre exemple se trouve dans l’usage des écrans, visibles dans les moyens limités conférés à ce spectacle.

Déséquilibré narrativement et visuellement, « Hunger Games on stage » nous laisse avec un sentiment de frustration légèrement énervant tant on sent l’ambition dans ses meilleurs moments mais avec des moyens ne semblant pas correctement alloués pour être à la hauteur de ses promesses. Trop lourd dans son approche, que ce soit pour les fans ou les nouveaux venus, c’est un spectacle qui mériterait d’être retravaillé et ne parvenant jamais à capturer ce qui fait la richesse de la saga. Une bonne idée sur le papier pour un résultat au final mitigé, de quoi nous faire dire que les personnes appréciant la licence ont droit à leur premier contenu semi raté.