Alors que Coco  arrive dans les salles, revenons sur cette dernière production Pixar.

Miguel est un garçon qui rêve de musique. Malheureusement pour lui, celle-ci est bannie dans sa famille. Un jour, alors qu’il cherche à emprunter la guitare d’un chanteur de légende de sa ville, il va se retrouver dans le monde des morts…

Émotions animées 

Si Pixar a une renommée aussi forte, c’est sans aucun doute pour la pertinence et la sensibilité des messages qu’il transmet par le biais de ses œuvres. Celles-ci disposent d’une écriture régulièrement fine permettant d’aborder des thématiques universelles (le passage à l’âge adulte, la recherche d’accomplissement dans la vie, la confrontation au deuil).  Coco  rentre bien dans cette lignée de longs-métrages familiaux qui touchent à tous les publics. S’il reprend un schéma déjà utilisé dans d’autres productions du studio (notamment celle de la figure paternelle/héroïque déchue), il le fait avec humour et sensibilité. Le travail sur les personnages leur confère une forme de couleur et de réflexion par rapport à leur statut.

Si visuellement, Coco  repousse à nouveau les limites techniques des animateurs de Pixar (la texture de la peau du personnage titre par exemple), c’est sur son fond que le film mérite réellement d’être loué. Revenons sur son questionnement artistique. Les chansons ont une réelle force d’émotion, surtout une qui se révélera former un lien entre deux protagonistes. Cette révélation trouve un intérêt encore plus grand quand on constate que la première fois qu’on l’entend, ses paroles la placent dans la catégorie des sérénades déjà vues et revues. L’art peut ainsi toucher un large public mais il dispose souvent d’une réflexion et d’une origine intimes. L’auteur de ces lignes ne peut s’empêcher de comparer ce questionnement à celui de Kubo et l’armure magique . Dans ce film d’animation des studios Laika, l’art était un moyen de se rappeler son passé ainsi que rendre éternel les gens que l’on aime.

Souvenirs effacés

Difficile de ne pas faire le lien avec Coco  dans son meilleur point scénaristique (ainsi que le plus sombre). Les morts ne peuvent survivre dans leur monde que si les vivants les honorent. Si plus personne ne les honore, ils finissent par disparaître totalement. Voilà sans aucun doute la plus grande crainte de l’être humain : être effacé des mémoires à jamais. Alors que dans  Vice Versa , cette seconde mort annonçait le passage vers l’âge adulte, cet acte prend ici un tout autre sens. Cela devient la motivation du méchant du film ainsi que la retranscription sur l’écran d’une de nos plus grandes peurs. Pour faire le lien avec le court-métrage  La Reine des Neiges  diffusé juste avant, la tradition familiale est une manière de subsister et d’atteindre, d’une certaine manière, l’immortalité. La quête de nos héros donne alors une nouvelle vision au titre du film, en en révélant son cœur même. C’est en étant aimé sincèrement que notre souvenir devient gravé dans l’histoire et c’est par le partage de celui-ci que nous durons au-delà de notre enveloppe physique.

En confrontant la peur de l’oubli à son public, Coco  se révèle être une comédie dramatique familiale et touchante ainsi qu’un vecteur d’émotions et de questionnements multiples. Bref, Lee Unkrich et Adrian Molina évitent une simple redite de  La légende de Manolo  (autre dessin animé partant dans le même univers visuel) et confirment que Pixar est dans le haut du panier, non pas uniquement dans le domaine de l’animation, mais du cinéma tout court.