Profitons que ce soit aujourd’hui l’anniversaire de Papy Clint Eastwood, 90 ans au compteur, pour se poser une question qui taraude beaucoup d’entre vous. Comment un acteur à la palette somme toute assez limitée même si efficace a pu réaliser des films aussi variés et inoubliables? Car on ne va pas le cacher, blondin ou Dirty Harry sont des rôles que j’adore, mais tout de même caricaturaux, à la limite du comique parfois, mais dont tout le mérite revient quand même avant tout aux réalisateurs Sergio Leone et Don Siegel. Air patibulaire, regard perçant, voix trainante, l’air de toujours savoir ce qu’il veut, beau gosse, Clint Eastwood a marqué l’histoire du cinéma devant la caméra, mais aussi derrière. L’acteur illustre réalise des films depuis déjà longtemps, son premier remonte tout de même à 1971 avec Un frisson dans la nuit. Alors, d’où vient ce talent inné pour la réalisation de Clint Eastwood avec près d’un film par an sur les écrans?

Un réalisateur toujours surprenant

qui Si je compte bien, Clint Eastwood a réalisé 41 films. Bien plus que Stanley Kubrick ou Martin Scorsese. Les thèmes abordés sont variés, de la comédie romantique avec Sur la route de Madison jusqu’au film de guerre science-fiction avec Firefox, en passant par l’auto-hommage avec Le retour de l’inspecteur Harry, l’hommage au far west avec Pale Rider, le film de copains avec Space Cowboys ou le retour sur une vie exemplaire avec Invictus. Bref, jamais là où on l’attend. On aurait pensé qu’il se contenterait de creuser toujours le même sillon des personnages qui l’ont rendu célèbre, mais non. Dans Honkytonk Man, il est même un guitariste de country alcoolique et dans Impitoyable, il est un ancien mercenaire sanguinaire reparti pour une dernière aventure pour le compte de prostituées bafouées. Un des thèmes les plus récurrents dans ses films a trait au rapport ambigu de l’homme à la justice. Loin d’être une valeur unanimement partagée, la justice est à géométrie variable et les personnages s’en accommodent souvent plus qu’ils ne la servent stricto sensu. Car ils en sont parfois les victimes et ils doivent la rendre en rapport avec leurs intérêts, elle est souvent le reflet de valeurs personnelles accordées à un ordre supérieur. Le sniper intrépide d’American Sniper tue sur commande car il est soldat, le vieillard atrabilaire de Gran Torino se sacrifie car il sent que son heure est passée et que d’autres méritent une justice que le ministère officiel ne peut guère leur rendre. La justice devient non plus un ordre intangible mais un idéal subjectif qui fait mal au cœur car elle est souvent inaccessible sans se faire violence. Pale rider est un cowboy loin des standards officiels, La mule voit un vieillard transporter de la drogue pour les cartels pour trouver de quoi survivre, au mépris de la justice tandis que son commerce de fleurs s’effondre. Un autre thème récurrent se trouve dans les biopics, souvent musicaux. Bird suit la vie de Charlie Parker, Jersey Boys raconte l’aventure de blancs becs du New Jersey devenus des stars de la pop aux Etats-Unis sous le nom des Four Seasons, J.Edgar retrace la route de J. Edgar Hoover, Invictus s’intéresse au destin fabuleux de Nelson Mandela. Un autre thème éminemment américain chez Clint, c’est la guerre, avec le diptyque Lettres d’Iwo Jima / Mémoires de nos pères, le film presque comique le Maitre de guerre sur un sergent ronchon qui s’occupe de recrues pas forcément habiles à mater ou le 15h17 pour Paris qui voit comment des soldats américains en permission réussissent à déjouer un attentat dans un Thalys. Des thèmes très américains mais justement, pas uniquement d’où le sentiment de surprise face à certains de ses films. Minuit dans le jardin du bien ou du mal traite même de l’homosexualité, Million Dollar Baby suit une héroïne qui veut s’accomplir par la boxe, la corruption et le sexisme sont traités dans L’échange. Difficile de résumer une carrière aussi pléthorique et qui part dans tous les sens, surtout de la part d’un acteur qu’on ne voyait pas réaliser autant de films à succès. Le public s’est attaché à ce vieil homme qui a exercé comme maire dans la petite ville de Carmel de 1986 à 1988 aux Etats-Unis et qu’on ne provoquerait pas sans y réfléchir à deux fois.

C’est peut-être ça qui fait son charme, un sourire ravageur couplé à un charisme de bagarreur. Le feu et la glace. La séduction et l’ordre. Droit dans ses bottes, comme un guide pour les jeunes générations. C’est peut-être delà dont ils ont besoin, d’un Clint Eastwood pour les mener sur le chemin de la vie.