Critique : Revenir sur Jean Renoir, c’est revenir sur une personnalité qui aura grandement marqué le septième art français. Le cinéaste a en effet été derrière de nombreux titres reconnus et aura su inscrire l’histoire de sa personnalité et de ses réflexions sur le développement technique d’un art qui allait se déployer peu à peu dans toute sa splendeur. Le travail de recherche fourni par Olivier Curchod, Christophe Faulkner et Claude Gauteur pour approcher cette figure mérite largement d’être souligné, surtout avec un ouvrage comme ce « Portrait de l’artiste », disponible depuis quelques temps chez Les Impressions Nouvelles et proposant un recueil de divers textes en tous genres de l’artiste.

Le résumé plus bas décrit avec assez de détails la richesse du contenu proposé au sein du livre donc nous ne nous répéterons pas à ce sujet. Ce que l’on peut dire en revanche, c’est que la façon d’opérer chronologiquement dans ce portrait permet de mieux brosser les différentes avancées réflexives du cinéaste et mieux appréhender ses analyses qui évoquent l’avancée de pensée concernant l’art de faire des films. Cela nous permet également de ne pas évacuer la période du début de la deuxième guerre mondiale. La façon de revenir à chaque fois sur l’ancrage temporel de ses textes et de mieux les replacer permet donc d’aborder un pan humanisé d’un cinéma qui a balbutié à différents moments du passé, en lien avec les événements qui se déroulent en parallèle, tout en plongeant dans une certaine intimité intellectuelle.

« Jean Renoir : le portrait de l’artiste » se fait ouvrage dense, nourri des pensées de son artiste éponyme qui accumule les écrits comme si les contraintes du temps et de l’histoire le hantaient. Mais cette richesse de fond et de forme font de l’ouvrage une lecture des plus passionnantes, parvenant à conférer de nouvelles facettes à Renoir et à initier brillamment à sa vie celles et ceux qui n’ont pas de vraies connaissances à son sujet. Portrait il y a donc, et même brillant si on peut se permettre de le dire.

Résumé : Jean Renoir (1894-1979) n’est pas seulement l’immense auteur de La Grande Illusion, La Règle du jeu et tant d’autres chefs-d’œuvre du septième art, il a aussi écrit tout au long de sa vie des centaines de papiers en tout genre qui ont façonné sa personne publique et signé son talent d’écrivain.

Après deux recueils réunis au siècle dernier par Claude Gauteur, ce nouveau volume offre à découvrir soixante-dix autres textes, rares ou inédits, rédigés en France, en Italie ou aux États-Unis au fil de six décennies. On lira ici des articles et des réponses à des enquêtes de presse, des conférences, des préfaces, des hommages, des portraits, des présentations de films. Une section enrichit la période 1939-1940, contenant des écrits de diverses natures, dont ceux du lieutenant Renoir enrôlé au début de la drôle de guerre. Incroyable conteur et riche d’une culture humaniste considérable, le cinéaste évoque tour à tour et selon les circonstances les évolutions de son métier du point de vue esthétique, technique ou économique, la genèse de certains de ses films, et maints souvenirs de jeunesse, notamment l’imposante figure de son père le peintre Auguste Renoir.

La mise en perspective de tous ces écrits répartis et présentés en cinq sections chronologiques dessine un véritable autoportrait, invitant à revisiter sous un jour neuf une existence et une créativité à nulle autre pareilles, celles d’un cinéaste qu’Orson Welles qualifia, le soir même de sa mort, de « plus grand de tous ».