Critique : Le succès d’Orelsan pourrait surprendre mais il s’avère assez logique par sa façon de parler de spleen du quotidien avec un amour de la pop culture qui transpire dans certains de ses titres. Le voir passer au long-métrage sous l’égide de son collaborateur David Tomaszewski avait donc quelque chose de très intriguant, surtout quelques temps après l’échec d’un autre film basé autour de son chanteur avec le très maladroit « Hurry Up Tomorrow ». Ici, on sent pourtant une sincérité, notamment dans son rapport à l’égo, qui parvient à donner un certain cœur à ce « Yoroï », nourri par les démons de l’artiste tout en divertissant assez bien sans tomber dans les clichés faciles.

Là où on aurait pu craindre un côté fantasme nippon, on constate dans l’écriture et l’approche visuelle la volonté d’aborder une mythologie propre tout en restant dans un carcan réaliste. Cela permet notamment de mieux traiter du besoin de s’isoler d’Aurélien face aux impératifs de la célébrité. Le duo formé par Orelsan et Clara Choï fonctionne, servant de moteur émotionnel avec cet enjeu de paternité, tout en donnant une dynamique qui réussit à esquiver certaines facilités. Ainsi, le poids de l’enfant à venir reste présent face au besoin de maturité d’un homme devant se confronter à son armure pour mieux avancer dans cette incertitude.

La gestion des Yokaïs parvient à donner une autre énergie à la narration, ne serait-ce que par leur représentation graphique. David Tomaszewski offre quelques séquences d’affrontement intéressantes mais, ironiquement, c’est quand la caméra se pose un peu plus sur le relationnel que le film fonctionne le mieux. Les quelques traits d’humour d’Aurélien esquivent le sentiment de redite « Casseurs Flowteurs » pour parler de grandir en tant qu’homme avec ses inquiétudes, ce qui sera exacerbé avec une troisième partie critiquée par certains comme trop égocentrée tout en étant cohérente sur les inquiétudes personnelles rongeant l’artiste.

C’est pour cela qu’on ne sera pas surpris de voir « Yoroï » s’affirmer comme un divertissement touchant au fur et à mesure des années. Au-delà de sa générosité, il y a une sincérité de fond dans cet artiste adoptant son côté adulte qui assume sa part très proche sans tomber dans une facilité égoïste assez creuse. Alors qu’on reproche à certains créateurs de ne pas assez parler d’eux dans ce qu’ils proposent, cela fait du bien d’avoir une œuvre qui assume en fond les doutes intimes d’un chanteur qui cherche à allier du bon spectacle à une expression de ses émotions les plus intimes.

Résumé : Après une dernière tournée éprouvante, Aurélien décide de s’installer au Japon avec sa femme Nanako, enceinte de leur premier enfant. Alors que le jeune couple emménage dans une maison traditionnelle dans la campagne japonaise, Aurélien découvre dans un puits une armure ancestrale qui va réveiller d’étranges créatures, les Yokaïs.