Critique : On aime bien se plaindre de la façon dont les plans-séquence sont devenus de plus en plus proéminents dans les œuvres de fictions actuelles, bien aidés par une plus grande « facilité » de préparation tout en risquant de perdre l’intérêt de cette technique. Le long-métrage de Tereza Nvotová regorge de plans ininterrompus pendant un long moment et pourtant cela ne fait que renforcer la tension et le regard d’observation d’un film clairement étouffant, particulièrement par sa manière d’orchestrer sa première partie. Il faut donc y plonger en étant totalement préparé à l’absence de partis pris simplistes du long-métrage.
Ainsi, sans trop dévoiler la nature du drame en son sein, le film réussit à prendre son temps pour installer cette famille dans leur dynamique du quotidien et à créer une sensation de réel pendant un long moment sans que cela ne soit superflu. C’est justement par ce visuel d’apparence maîtrisé que croît une première inquiétude de plus en plus sourde quand on se rend compte d’une chose qui va marquer une bascule narrative totale avec un point de non-retour déchirant. De là, la technique de mise en scène va plonger vers l’observation totale, jugeant d’une passivité dans notre regard en s’interrogeant sur la façon dont les personnages pourront se réparer dans un espace visuel où l’émotivité est toujours d’une grande fragilité. Les nappes sentimentales du long-métrage sont dignes de morceaux de cristaux, prêts à se briser par les jugements extérieurs et la culpabilité permanente qui vont nourrir le récit jusque dans sa conclusion.

Loin d’être un film facile, « Father » constitue invariablement une œuvre chargée en douleur sans tomber dans le dolorisme simpliste. L’usage de plans-séquence renvoie alors à un temps de doute et de mal-être, faisant résonner blessures intimes et jugements extérieurs. Tout cela se crée avec une intériorisation qui ne peut qu’affecter, mais toujours dans la vision de ses personnages. Très clairement poignant, le long-métrage de Tereza Nvotováest toujours d’une grande intelligence sentimentale, de celles qui rendent le propos particulièrement déchirant sans aucune facilité, et ce d’autant plus avec une réalisation qui impressionne sans noyer son fond.
Résumé : Michal et Zuzka sont un couple épanoui, comblé par la réussite et la présence de leur petite fille, Dominika. Mais un jour de canicule, un drame vient briser leur amour et bouleverser leur vie. Leur histoire est exposée par les médias et malgré le poids de l’opinion et de leur entourage, un lien fragile va renaître entre eux, suspendu entre culpabilité et amour.
