Critique : Armand Colin a le chic pour éditer dans sa collection des ouvrages cinématographiques dont la précision n’a d’égal que le didactisme. Ne tombons pas dans le piège d’accumuler les citations tant l’exercice pourra passer comme factice mais il est évident que le livre du jour intégrera notre classement préféré des essais proposés par cette maison d’édition. En effet, on ne peut qu’être épris par la façon dont Barnabé Sauvage réussit à approcher la popularité actuelle du cinéma sud-coréen en imposant directement des limites claires pour apporter une analyse précise, nourrie et liant la production cinématographique à l’histoire du pays.

Ainsi, l’auteur traverse dans « Le nouveau cinéma sud-coréen » divers facteurs fondateurs dans la conception artistique du pays, intégrant notamment le passé d’une contrée marquée par les scissions ainsi que les traumatismes historiques. Il y a donc des reflets qui se dessinent au fur et à mesure des réflexions, celles d’auteurs aussi bien divergents que convergents qui créent tout un pan de réflexion par leur mise en scène et leur proximité avec la mondialisation de leurs titres. L’attrait analytique est indéniable tant la rédaction nourrie par les recherches de l’auteur permet de mieux faire résonner connexions thématiques et interrogations de fond comme de forme.

En 240 pages bien fournies, Barnabé Sauvage propose une réflexion riche qui renvoie aux pans de metteurs en scène façonnant le cinéma contemporain, de Park Chan-wook à Bong Joon-ho avec une précision d’une grande rigueur. « Le nouveau cinéma sud-coréen » s’avère sans aucun souci une analyse de grande valeur, de celles qui façonnent les cinéphilies et permettent de lever le voile sur une production cinématographique que l’on assume trop facilement comme connue par sa plus grande médiatisation. Pareil livre se dévore d’un trait, avec un attrait d’écriture qui ne se perd jamais dans la lourdeur tout en étant absolument pointu dans son approche. Clairement, on a aimé notre expérience de lecture et on a toujours plus hâte de découvrir les prochains titres de la collection au vu de la stabilité de leur qualité.

Résumé : La Corée du  Sud, de Snowpiercer (2013) à Parasite (2019), occupe une place de choix dans l’industrie mondiale du cinéma contemporain. Cette ascension a débuté dans les années  1960, dans un pays ballotté entre visées nationalistes et libéralisation débridée.

Pour appréhender la singularité de ce nouveau cinéma coréen, Barnabé Sauvage revient sur une histoire parfois paradoxale, en dépassant les tensions entre une identité marquée par les traumatismes nationaux –  de la colonisation japonaise à la partition des deux Corées  – et une logique internationale de soft  power inspirée de Hollywood.

Une réflexion historique, économique et esthétique qui fait la part belle aux analyses de films et permet au lecteur de se forger, point par point, un avis éclairé sur la question.