Voilà ce qu’on appelle un gros coup de cœur. Impossible pour moi de prendre du recul, je ne pourrai parler d’Annette qu’à la première personne. Car je n’ai d’abord pas eu envie de voir le film, ce sont les images de la projection à Cannes qui m’ont convaincu, avec cette standing ovation digne des plus grands films. Pourtant pas forcément fan du cinéma de Leos Carax, mais grand admirateur du jeu d’Adam Driver, je me suis rendu à l’UGC Danton pour un vrai choc émotionnel. Alors, Annette, future Palme d’Or du Festival de Cannes 2021? Oui certainement, et prix d’interprétation pour un acteur qui gravit les échelons du 7e art à grandes enjambées.

Une palme d’or de l’émotion

Après une séance ciné finie avec les larmes aux yeux, l’évidence se fait jour. Je vais retourner voir ce film, c’est obligé. Vraie comédie musicale, Annette imagine une love story entre un comédien de stand up pince sans rires et vraiment cynique sur ses semblables, et une chanteuse d’Opéra à la sensibilité exacerbée. Adam Driver et Marion Cotillard forment un vrai duo de cinéma, pas forcément bien assorti mais qui fonctionne parfaitement. Leur déséquilibre forme leur équilibre, ils retrouvent chez l’autre ce que chacun recherche, intimement. Dès la formidable et mythique scène d’ouverture, chantée par le duo du groupe Sparks, il est écrit que le film ne sera comme aucun autre avant. Réalisateur français, tournage hollywoodien en langue anglaise, love story mais vrai drame intime imaginé par un réalisateur qui a cherché à briser les codes routiniers de ce genre de film déjà vu maintes fois, Annette est une féérie sombre, ou un drame joyeux. Le héros n’en est pas un, l’héroïne qui s’évanouit comme par enchantement très tôt dans le film, leur fille qui apparait longtemps sous forme de poupée de bois articulée, tous les détails font sens et laissent penser à une somme de travail phénoménale pour faire habiter le film d’un vrai esprit d’aventure. Annette semble une fiction empreinte de sentiments humains échappés du plus pur quotidien d’un bipolaire, des fortes émotions galvanisantes mélangées à des abysses de tourments, à la limite de la dépression. Pas de demi-mesure ni de faux semblants, tout est entier, tout est extrême, et c’est ce qui permet aux émotions de se déchainer sur le spectateur comme des vagues puissantes. Le personnage d’Henry McHenry, interprété par Adam Driver, joue sur scène comme un quidam atterri là par hasard, il fait rire les spectateurs avec l’air de se ficher d’eux, Marion Cotillard est Ann Desfranoux, une soprano à la voix éblouissante qui fait chavirer les foules. Leur union semble contre nature, des flashs télévisés suivent leur histoire à la manière de journaux à scandales toujours prompts à chercher le peps sensationnel. Ces encarts font vite comprendre que la vie du couple est placée sous les spotlights et ils ne peuvent pas vivre une existence normale. D’ailleurs, ils se parlent en chantant et Adam Driver emprunte des intonations faisant penser alternativement à Hugh Jackman et Sacha Baron Cohen dans Les Misérables. Le ton est tout sauf naturel, souvent à la limite de l’outrancier, faisant planer le film dans une atmosphère ultra cinématographique. L’union entre les deux héros semble idyllique mais le drame fait plonger le héros principal dans des travers meurtriers inattendus. Surtout que ces travers apparaissent à la naissance de la fille d’Ann et Henry, cette Annette follement aimée jusqu’à l’exploitation d’un père qui a perdu ses repères et profite de la voix d’ange de sa fille pour renflouer ses caisses vides. L’émotion est constante, la fin du film est terrible par les torrents lacrymaux qu’il génère sur le spectateur, lui faisant comprendre que cet opus est un grand moment cinématographique, digne d’Autant en emporte le vent ou d’ET. Les grands sentiments sont mis au service d’une vraie narration alambiquée, ardue même, avec ses sommets et ses abimes, le réalisateur semble toujours appuyer sur les bons leviers pour éloigner toute facilité et chercher au plus profond de la psyché du spectateur. C’est du grand art, cette conclusion vient d’un non-fan historique du réalisateur, dépité par Holy Motors et pas vraiment convaincu par la démarche générale d’un réalisateur adulé par la critique parisienne, de quoi se poser des questions. Et voilà qu’Annette fait oublier le passé, pour un nouveau départ?

Histoire d’amour contrariée, héros tiraillée entre l’envie du bien et la tentation du mal, et puis cette musique… je n’ai pas été autant bouleversé par une bande son depuis Les Misérables, justement. La comédie musicale n’est pas forcément très accessible, mais depuis la scène introductive depuis la confession finale, le film prend aux tripes, tout bonnement un énorme moment de cinéma.

Synopsis: Los Angeles, de nos jours. Henry est un comédien de stand-up à l’humour féroce. Ann, une cantatrice de renommée internationale. Ensemble, sous le feu des projecteurs, ils forment un couple épanoui et glamour. La naissance de leur premier enfant, Annette, une fillette mystérieuse au destin exceptionnel, va bouleverser leur vie.