Critique : Le cinéma d’Eloy de la Iglesia a clairement quelque chose d’excitant, interrogeant socialement tout en s’inscrivant dans du genre, avec une vision populaire qui n’empêche pas une certaine perversité. C’est clairement le cas dans cette « Buraliste de Vallecas », partant d’un braquage à priori comme les autres qui va totalement déraper vers de nouveaux rapports de force au fur et à mesure que la prise d’otage se mue.
Dès les premiers instants, on se nourrit de la sécheresse visuelle, de sa dureté qui se voit accentuée par la mise en scène du réalisateur espagnol. Ainsi, celui-ci s’amuse de son point de départ qui dégénère et développe un rapport parallèle entre malfrats et victimes. Ceux-ci se répondent dans leurs liens, leur manière de se renvoyer à leurs attentes respectives et de transformer ce bureau de tabac en bulle, un abri face à une réalité qui gronde. Le chaos de la rue, avec ses policiers perdus, se voit renvoyé à la panique d’une certaine société de réponse, brouillant les attentes et le fond politique avec un brio qui se doit d’être souligné, tout comme la direction d’acteurs. Eloy de la Iglesia capte bien ce fouillis visuellement tout en n’hésitant pas à conférer un certain pathos dans le traitement de ses protagonistes, rendant la fin d’autant plus intéressante par son renvoi au monde.

« La buraliste de Vallecas » s’amuse beaucoup de son faux huis clos pour transformer son espace enfermé en lieu d’évasion et d’exploration de soi face au chaos du monde extérieur, ses cris et ses bruits de colère. Le Master 2K restauré proposé par l’édition fournie par Artus accentue les contours contemporains du récit au sein d’un film de bazar, où le bouleversement du début se décale vers une comédie sociale à la dramaturgie forte à force d’ironie et d’explosion sociale.
Résumé : Leandro et Tocho, deux petits voyous sans envergure, et surtout sans expérience, pénètrent dans un bureau de tabac avec l’intention de braquer la caisse. Mme Justa, la gérante, et sa nièce Angeles, parviennent à déjouer les intentions des malfrats. Mais, pendant qu’à l’extérieur, la police – et les habitants du quartier – prépare l’assaut, une complicité inattendue naît entre les voyous et les « victimes ».
