Critique : Les injonctions à l’emploi ne manquent pas, comme aiment nous le rappeler certains qui pensent que ne pas avoir de travail équivaut à profiter des avantages sociaux. Pourtant, derrière le chômage se dissimulent de nombreux profils, souffrant de secteurs n’engageant pas forcément, de personnes en difficulté ou cherchant à se reconstruire, bref des individus plutôt que des chiffres déshumanisants. La sortie chez L’employé.e du moi de ce « Je ne veux pas travailler » ne pouvait donc que nous titiller, ne serait-ce que par son contexte de sortie ou les traits particuliers des dessins de Nele Jongeling. Le résultat s’avère alors une réussite pertinente et passionnante dans ses reflets sociaux.
Le traitement des couleurs amène déjà une esthétique convenant dans ses questions télévisuelles, instituant une ambiance limitée et faussement colorée dans laquelle les participant.e.s devront se couler. La question de l’emploi et de la lutte constante pour son obtention se voit intelligemment posée, réinterrogeant les normes sociales en lien pour mieux en souligner sa vacuité. L’approche par l’émission accentue ainsi le vide des apparences, le besoin de constamment se renvoyer à l’autre et transformer sa recherche de travail comme une lutte intestine où l’on ne peut que s’affronter, encore et encore, sans pouvoir s’interroger sur sa propre volonté professionnelle.
Pourtant, au fur et à mesure que le récit brosse ses protagonistes, on sent une douce amertume nous toucher, réorientant ses besoins par une présentation plus appuyée des autres candidat.e.s. Les doutes d’Edith se matérialisent autrement, parvenant à relier notre héroïne à une génération de jeunes diplômé.e.s qui ne parviennent pas à subsister dans le milieu du travail à force d’impositions et d’obligations morales. Il s’y crée un sentiment qui point peu à peu pour mieux nous étreindre et donner une autre configuration tonale aux doutes représentés dans le récit, jusqu’à une conclusion d’une certaine douceur sentimentale.
Parvenant à cristalliser les interrogations générationnelles sur le secteur de l’emploi, « Je ne veux pas travailler » est un portrait tantôt critique, tantôt doux-amer de notre représentation du travail comme symbole social. Dans une période où l’on ne jure que par le performatif, Nele Jongeling donne corps à une vision juste de ce rapport au métier avec une palette graphique qui permet de mieux muer ses hésitations, faisant de l’indécision de son héroïne une porte d’entrée drôle mais surtout surprenamment émue de notre besoin à voir le travail comme un outil de caractérisation essentiel. On apprécie donc que L’employé.e du moi publie ce genre d’ouvrages, permettant peut-être à certaines personnes de mieux se libérer du poids du regard des individus non employés.
Résumé : Depuis la fin de ses études, Edith est à la recherche d’un emploi. Mais si elle ne trouve pas, c’est peut-être parce qu’au fond, elle n’a pas vraiment envie de travailler. Pour sortir de cette impasse, elle décide malgré elle de participer à « Projet Job de rêve », une nouvelle émission de télévision organisée par l’Agence Fédérale pour l’Emploi. Le concept est simple : deux semaines durant, cinq candidat·e·s aux profils très différents vont devoir relever une série de défis. À la clé ? Le poste idéal, celui que l’Agence estime correspondre parfaitement à leurs aspirations