Critique : Au vu de l’ambiance assez anxiogène du monde en ce moment, on peut se demander comment se réconcilier avec la société quand celle-ci semble sur la verge de la chute. La sortie de « The Choral » dans pareilles circonstances semble toucher à l’ironie tant le fait de suivre une chorale dans une Grande-Bretagne meurtrie par le conflit en cours a de quoi rappeler le climat actuel. C’est sans doute pour cela que le long-métrage de Nicholas Hytner, bien que sympathique, ne nous laisse pas avec plus de sensations post-visionnage qu’une impression de frôler son sujet sans réellement l’incarner totalement, et ce malgré un casting assez convainquant mené par le comme toujours très bon Ralph Fiennes.

Faire renvoyer différents jeunes gens dans le groupe permettait une base narrative chorale (désolé pour cet ignoble jeu de mots attendu) mais ne réussit pas à donner assez de personnalité à chacun pour mieux apprécier leurs émois pourtant tangibles, à l’instar de ce jeune soldat revenu blessé qui tente de recréer l’amour qu’il avait avant son départ. La volonté d’utiliser constamment des plans larges afin de nourrir le groupe comme un ensemble paraît alors logique mais diminue l’attrait individuel qu’il tente de construire, ne parvenant pas à donner du corps et du cœur à ses enjeux malgré des promesses intéressantes. On sent constamment un éloignement par la réalisation qui rend le tout plus froid qu’attendu, là où le portrait historique s’avère solide visuellement, profitant d’un soin certain dans les costumes et décors.

Alors qu’il y avait matière de fond pour renvoyer à l’importance de l’art en temps de guerre et le sacrifice de jeunes dans un conflit meurtrier, « The Choral » s’essouffle un peu trop par moments pour parvenir à faire exister réellement ses sujets à l’exception de quelques séquences, comme la représentation finale. Les trajectoires, individuelles comme globale, ne rendent pas justice au fond et à l’envie de renvoyer à une fausse insouciance cherchant à se créer dans une période où la proximité de la mort se voit renvoyée au loin, comme un hors champs qui ne peut réellement se développer. Il n’en reste pas moins un divertissement qui pourra plaire aux amateurs de récits historiques, à défaut d’incarner totalement ses ambitions émotionnelles.

Résumé : A Ramsden, dans le Yorkshire, en 1916, le chef de chœur et la plupart des hommes de la chorale se portent volontaires pour le front. Sous la direction du Dr Guthrie, la chorale recrute un groupe d’adolescents, garçons et filles. Ensemble, ils découvrent les joies du chant et les premiers émois amoureux.