Critique : Devons-nous vraiment écrire sur ce qui rend cette édition de « La guerre des gangs » chez Artus plus que recommandable ? En premier lieu, il y a l’objet même, avec ses multiples disques et son livret de 80 pages. Dans une période où certains trouvent plus de facilité avec un film en ligne tout en risquant d’en perdre sa propriété, voir pareil format physique mettant en avant son titre fait chaud au cœur. On compte en plus des habituels disques DVD Blu-Ray de qualité la bande-originale du film, composée par l’unique Fabio Frizzi que nous avions eu l’occasion d’interviewer il y a déjà quelques années (ici). L’objet même est donc à tomber, mais qu’en est-il du film ?

Il est intéressant de plonger dans la violence du récit de Lucio Fulci, jouant d’un côté graphique assumé qui aura d’ailleurs fait sa réputation. La noirceur du titre transpire, notamment par sa multiplicité de personnages tous voués à mourir d’une manière ou d’une autre dans les rues d’une Naples infernale. Sachant que le long-métrage est sorti entre deux classiques horrifiques du maître (« L’enfer des zombies » et « Frayeurs »), nous serions plus que tentés de faire un lien tonal tant l’approche du polar ici va dans du sanglant marqué visuellement, avec une atmosphère d’incertitude qui fait constamment basculer le récit.

Comme toujours, la maîtrise visuelle du metteur en scène italien s’avère exemplaire, parvenant à accentuer la sensation de chaos ainsi que le rythme d’un long-métrage soutenu. Ses choix de cadre mettent en valeur une forme d’horreur urbaine où les rues ne servent que d’appels à une mort prévue. La nature même du danger et de la menace rappelle un engrenage permanent où la survie n’est que précaire, fragilité que capte bien la musique de Frizzi. Il serait également criminel de ne pas souligner la qualité du casting, en particulier un Fabio Testi à la physicalité indéniable.

Gros morceau de polar italien, « La guerre des gangs » explose par la présence derrière la caméra d’un Lucio Fulci au sommet de sa forme. Sa violence explosive parvient à matérialiser une angoisse permanente, une incertitude qui met à mal ses protagonistes avec une narration bien soutenue. Mis en valeur dans une édition de grande qualité, voilà un titre que l’on ne se lassera pas de revoir par sa manière de rappeler le talent de son metteur en scène pour des récits où une forme d’horreur point derrière le polar sanglant.

Résumé : Luca et son frère Michele gagnent leur vie grâce au trafic de cigarettes à Naples. Après avoir été poursuivis en bateau par les garde-côtes, ils décident d’aller demander des comptes à Sciarrino, un concurrent redoutable qui pourrait renseigner la police. Au cours d’une confrontation, Michele est tué. Cherchant à le venger, Luca va croiser le chemin du Marseillais, un bandit très violent cherchant à s’implanter à Naples.