Sorti directement en édition physique chez Metropolitan, « Plan à trois » a tout en apparence de la comédie graveleuse à la « American Pie ». C’est pourtant un film touchant sur les questionnements du passage à la trentaine et les doutes émotionnels enveloppé dans des gags drôles car appuyés par une écriture sincère pour ses personnages. Nous avons donc contacté Chad Hartigan sur Instagram pour l’interviewer et, pour notre plus grand bonheur, il a accepté la proposition, ravi qu’il était d’avoir pu obtenir une copie française de cette sortie physique.

Votre film est sorti aux États-Unis il y a bientôt un an. Comment avez-vous vécu la carrière de celui-ci ?

Comme vous le savez, il est difficile pour des films indépendants de connaître une large distribution. Il faut d’abord passer par un grand festival, ce qu’on a eu la chance d’avoir avec South by Southwest, et puis vous espérez tomber sur un distributeur prêt à diffuser votre film au cinéma, ce qu’on a également obtenu. Donc avoir cette sortie en salle est quelque chose qui n’arrive qu’à peu de films. Il faut alors être content que cela se produise. Ce fut une petite sortie donc on savait qu’on n’allait pas briser le box-office mais c’était surtout l’envie d’atteindre le plus de personnes possible avec un petit budget. Et pour moi, c’était super d’avoir le film projeté dans plusieurs salles à travers l’Amérique, même si c’était pour une semaine ou deux, car cela donnait une chance au film d’être découvert par les gens. Ensuite, le film a été transmis à Netflix donc c’est là que vous le trouverez aux États-Unis, un peu comme la plupart des films actuellement.

C’est intéressant car il y a une envie de films parlant d’amour mais qui n’ont pas une sortie globale. J’ai l’impression que si votre film était sorti il y a 20 ou 30 ans, il aurait pu connaître un sort plus global. Comment voyez-vous donc cette évolution de la perception des films du genre dans un système de distribution plus mainstream ?

Et bien, je suis d’accord ! Je pense que j’ai été attiré par ce film et son scénario car cela donnait l’impression d’un film qui aurait pu se faire il y a 20 ans mais qui ne se fait plus actuellement. Je ne sais pas pourquoi des films à propos de personnes tombant amoureuses avec de l’humour et des émotions se font moins car c’est quelque chose que les gens cherchent toujours à regarder. La question actuellement est de se demander s’ils veulent voir ces films chez eux ou s’il y a moyen de les faire sortir pour aller les voir au cinéma. On ne se demande pas s’ils les verront car ce sont des titres encore populaires. Donc je voulais tourner un film intemporel qui aurait pu sortir il y a 20 ans mais qui reste contemporain dans ce qu’il raconte d’aujourd’hui. C’était l’objectif et j’espère que plus de personnes iront voir ce genre de films au cinéma car il y a assez de preuves qui montrent que, si on investit assez d’argent dans ces titres, ils peuvent connaître un gros succès financier. « Materialists » et « Anyone but you » ont très bien fonctionné. Mais cela implique d’investir beaucoup d’efforts dans la sortie. On ne peut plus compter uniquement sur le bouche-à-oreille car cela ne fonctionne plus exactement comme cela maintenant. Les gens sont trop habitués à voir ces films chez eux.

C’est quand même triste à entendre… Pour changer de sujet, votre film capte bien à mon sens les doutes des jeunes adultes, le cap de la trentaine et l’incertitude émotionnelle.

Effectivement, ça fait partie de ce qui fait l’intérêt du film. Quand j’ai lu le scénario pour la première fois, j’avais 36, 37 ans et je venais juste d’avoir mon premier enfant. Donc cet aspect de l’histoire a bien évidemment résonné avec moi, à quel point c’est effrayant, excitant et chaotique, tout cela à la fois. J’ai alors trouvé que le script était très mature dans ses questions. C’était sophistiqué pour un point de départ qui aurait pu sembler très bête. J’ai été pris par la façon dont l’histoire tourne de manière aussi mature que possible ce que les gens feraient dans ce genre de situations. Notre tentative de faire un film pour adulte était donc d’atteindre une audience mature, que cela fonctionne ou non, et de pouvoir les appeler comme le scénario a su le faire avec moi. C’est quelque chose que j’ai l’impression qui ne se fait plus trop dans les comédies romantiques. On en fait beaucoup qui ne font que combler un moment en filmant de belles personnes dans de beaux décors en sachant exactement comment le récit va se dérouler. C’est aussi pour ça qu’on aime ces titres et je ne cherche pas à les diminuer, ces films ont leur place. Mais nous avons totalement abandonné ceux qui sont fait pour être romantiques et charmants mais également chaotiques avec ce sens de l’âge adulte.

C’est un point qui fait que l’on accroche beaucoup à Olivia, incarnée par Zoey Deutch : on a l’impression de faire face à une amie qui ne sait pas vraiment ce qu’elle veut.

Oui, c’est un très bon personnage sur lequel on a eu beaucoup de conversations. Est-ce qu’elle est trop piquante ? Est-elle appréciable ? Est-ce qu’on veut les voir finir ensemble ? Pour moi, tout le monde mérite d’être aimé. Elle est peut-être un peu effrontée mais elle mérite bien évidemment d’être un personnage de comédie romantique car nous méritons tous de l’amour. C’était aussi une belle opportunité pour une actrice. Quand on a quelqu’un comme Zoey Deutch, qui a fait toute une carrière sur le fait qu’elle est charmante et appréciable, je me suis dit que cela serait drôle de la voir faire ça et montrer toute une autre partie d’elle.

Quand je vous ai contacté sur Instagram, j’ai parlé d’un plan sur lequel je voulais revenir : cet instant où nos héros discutent pour la première fois de la possibilité d’être parents avec ce cadrage passant par un miroir les séparant.

Dans le scénario, c’est le moment où ils se déclarent leur amour pour la première fois. Et dans la façon dont c’était écrit, elle lui faisait remarquer qu’il ne se l’étaient jamais dit et Connor la coupe immédiatement pour lui dire qu’il l’aime. Je savais donc qu’il fallait qu’il la coupe et qu’on ne pouvait pas couper ce moment au montage, que ce soit de son visage à celui d’Olivia ou inversement. J’avais besoin de les voir tous les deux en même temps. Je les voulais dans le même cadre mais je ne voulais pas leurs visages de profil non plus, j’avais besoin de leurs yeux pour cet instant. Je me suis alors demandé comment rendre cela par le biais d’un miroir. On a donc installé ce plan avec elle dans le lit et lui dans le couloir, tout en plaçant ce miroir. J’avais d’abord pensé à utiliser un split diopter pour qu’ils soient tous les deux égaux dans la place prise dans le cadre, en partant de deux plans : un quand ils sont debout et un autre quand il arrive vers le lit. Mais quand on a préparé ce premier plan, notre chef opérateur m’a appelé et m’a montré qu’il y avait moyen d’avoir cet instant en une seule image juste en bougeant le zoom plutôt qu’en coupant l’image en deux avec le split diopter. Je me suis alors dit que c’était beaucoup mieux car, dans la scène, ils se trouvent tous les deux de côtés très différents par leurs arguments avant de finalement pouvoir trouver un arrangement ensemble. Donc d’avoir cela de façon non coupée et de pouvoir dans un seul même plan les mettre de deux différents niveaux à un même accord était une grande idée de sa part.

Il y a aussi ce travelling avant qui les recadre dans le café, quand ils échangent pour la première fois après le plan à trois. La manière dont vous bougez la caméra les fait séparer intelligemment des autres clients juste après la blague du dialogue. Cela me permet aussi de vous demander comment on filme une œuvre romantique ?

Je ne sais pas, certaines choses sont venues assez naturellement. Je savais qu’on aurait cette blague avec ce client qui crache de l’eau, et que j’incarne par ailleurs. Mais après cette blague, il fallait se concentrer sur eux et ne plus être distrait. Donc je me suis dit qu’on utiliserait une dolly pour se débarrasser de tout ce qui était extérieur. Concernant le son, on a retiré également la musique pour pouvoir conserver ce focus sur eux. C’est aussi une manière par rapport à laquelle on s’interroge constamment sur comment diviser chaque scène pour qu’aucun plan ne ressemble à un autre. C’était donc une bonne manière de modifier cela à mi-parcours de la séquence pour éviter d’ennuyer le public. De manière générale, j’approche chaque film avec la question de comment la mise en scène ressort du récit et de ses personnages. Je savais qu’on parlerait ici d’intimité donc qu’il y aurait beaucoup de gros plans. Je voulais que les acteurs soient beaux pour qu’on ait envie de tomber amoureux d’eux et de s’en rapprocher. J’avais aussi envie de trouver le moyen de cadrer nos trois personnages ensemble pour faire en sorte que cela serve l’histoire. À certains moments, vous avez l’impression que Connor se rapproche de Jenny et devrait passer plus de temps avec. Donc pour cela, on les cadre ensemble en laissant Olivia de côté et inversement quand celle-ci se rapproche de Connor. On s’interroge constamment sur comment raconter l’histoire de manière effective. Je voulais aussi que cela ne ressemble pas à une comédie romantique interchangeable de plateforme, avec une saturation injustifiée de couleurs. Il fallait que cela soit plus ancré, avec des tons plus terreux. Cela fait très brun et chaleureux et on n’utilise les couleurs que lorsqu’elles peuvent apporter quelque chose à l’histoire. C’était un peu cela mon approche globale. Mais c’est aussi scène par scène, se demander où placer la caméra pour accompagner correctement nos personnages et guider notre public.

On peut également parler de votre manière de bloquer le cadre, notamment lorsque Connor et Olivia font du baby sitting. C’est un plan fixe mais très nourri dans le mouvement, ce qui alimente la comédie.

Cela me fait plaisir que vous me parliez de ce plan car nous avons beaucoup travaillé dessus et je n’ai pas l’impression que beaucoup de gens s’en rendent compte. Je cherche toujours à m’améliorer, notamment sur la question de bloquer un plan. Je regarde beaucoup de films des plus grands, notamment les vieux classiques, et on constate que la façon de bloquer le plan amène une emphase sur la narration. C’est un challenge sur un petit film avec un budget réduit de passer autant de temps sur cet aspect. Mais ici, je savais qu’on allait travailler sur un espace limité et ai donc proposé de le faire en un seul plan. Il fallait faire bouger les personnages et amener une dynamique drôle pour ne pas que vous vous rendiez compte que vous regardez un seul plan fixe, ce qui est difficile. Cela a pris beaucoup de temps et de travail au niveau du rythme. On a dû tourner la séquence 8 ou 9 fois parce qu’on ne pouvait pas faire de coupes. On ne pouvait donc pas rater ce plan. Il y a aussi mes deux jeunes enfants dans ce plan et il leur arrivait de crier, ce qui rajoutait de la difficulté à l’image. Mais je suis très content d’y être arrivé, notamment car il y a un gag qui passe inaperçu. Quand Connor arrive, il confie le bouquet de fleurs à la sœur d’Olivia. Au fur et à mesure de la scène, les fleurs passent de main en main pour finalement revenir dans les mains de Connor à nouveau. Je trouvais que c’était une blague drôle. C’est quelque chose que j’essaie en tout cas de travailler et d’améliorer.

Lors d’une interview avec Kôji Fukada, il me parlait qu’un point qui l’intéressait dans les triangles amoureux, c’est qu’il y a toujours quelqu’un qui souffre. Et bien que la dynamique entre Connor, Olivia et Jenny soit différente, on sent cette douleur émotionnelle. À quel point était-ce important pour vous d’amener cela ?

C’est surtout le signe d’une bonne écriture. C’était quelque chose déjà présent dans le scénario et qui m’a aussi rappelé que chacun prend des décisions contestables à différents moments du film mais que je comprenais en permanence pourquoi ils faisaient ces choix. Cela amenait des conflits entre eux mais de façon compréhensible de chaque côté. Je comprenais la colère de l’un tout en acceptant la nature défensive de l’autre. Je voulais conserver cela au tournage. Après, j’ai été faire un tour sur Letterboxd et Twitter et tout le monde n’est pas d’accord avec moi. Certains sont plus d’un côté ou d’un autre, voire contre un des personnages, ce qui est normal aussi. Mais pour moi, j’avais ce sentiment que je pouvais m’identifier à tout le monde et à leurs décisions. C’est facile de regarder un film et de se dire qu’on ne ferait pas ça. Mais je comprenais toutes les décisions des personnages.

Justement, comment avez-vous discuté de ceux-ci avec votre casting ?

Nous avons eu beaucoup de temps avant le tournage suite aux grèves et aux retards que cela a créé. Donc nous avions beaucoup de temps pour réfléchir et par mail, je leur donnais des devoirs. Je leur demandais par exemple d’imaginer une scène qui n’était pas dans le script et qu’ils auraient voulu voir pour leurs personnages. Il n’y avait pas besoin de penser à ce que cela pouvait apporter au film, ils avaient le droit d’être égoïstes. Ils m’en ont tous envoyé une que j’ai écrit et rajouté dans le scénario. Même si on n’allait pas les tourner, elles existaient dans leur esprit et cela leur permettait d’imaginer leurs personnages au-delà du scénario. C’est quelque chose que je demande toujours à mes acteurs. Nous parlions aussi de pourquoi telle réplique était dite, pourquoi faire ceci. Est-ce que le personnage ferait vraiment cela ? J’essaie toujours de trouver la meilleure réplique possible, voire ne pas conserver celle-ci et faire quelque chose d’autre. C’est moins l’idée de comment ils vont performer une scène car généralement, les acteurs savent faire cela. Ils sont bons et n’ont pas à s’interroger sur cet aspect. C’est plutôt l’idée de trouver les meilleures répliques à leur donner ainsi que le meilleur environnement pour qu’ils puissent interagir.

Quels sont les meilleurs films selon vous qui abordent la question du relationnel ?

Pour moi, la plus grande influence sur ce film est « Broadcast News » de James L. Brooks. Il parle également d’une forme de triangle amoureux avec une écriture et un jeu d’acteurs aux petits oignons. C’était aussi un exemple de comment créer une dynamique compliquée de triangle amoureux esquivant les traditions et les clichés. C’était donc une grosse inspiration. Il y a aussi ce film intitulé « All the Real Girls » de David Gordon Green. Voir ce film dans mon école de cinéma a changé ma vie car, jusque-là, je pensais que la chose la plus impressionnante qu’un film puisse accomplir était de faire quelque chose de gros et d’extravagant, de montrer quelque chose aussi fou que l’on puisse faire. Mais en voyant ce film, mon esprit a totalement basculé. Je pense désormais que la chose la plus impressionnante qu’un film puisse faire est de représenter des petites choses. Si vous parvenez à montrer quelqu’un tomber amoureux d’un simple regard, c’est tout simplement miraculeux. Ce film a donc changé ma vie et ma relation au cinéma. Je parlerais aussi de « Voyage à deux » de Stanley Donen. Ce fut une grosse inspiration sur mon précédent film, « Little Fish », et c’est aussi un film qui parle de relation à travers les nombreuses années d’un mariage mais en le faisant de manière non linéaire. Albert Finney et Audrey Hepburn y sont exceptionnels.

Pouvez-vous revenir sur vos prochains projets ?

Oui, je travaille sur plusieurs titres en même temps. « Plan à trois » est l’un des quatre films que j’essayais de tourner en même temps et, pour être honnête, je ne pensais pas que c’était celui-ci qui parviendrait à être tourné. Vous essayez continuellement de trouver de l’argent, de faire des castings, d’écrire, de pitcher, de faire plusieurs choses à la fois en même temps. C’est juste un miracle quand un titre parvient à se faire. Je n’essaie pas de diminuer les films qui se tournent car j’aime « Plan à trois », j’en suis fier, mais c’est quelque chose que tous les réalisateurs ont. Je pense que ça s’applique également à Martin Scorsese. Tout réalisateur a quatre ou cinq films qui ne peuvent pas se faire et il doit y avoir un cimetière consacré meilleurs films de tous les temps qui ne se sont jamais faits. C’est un peu triste mais ça donne aussi l’intérêt de découvrir comment ces titres prennent vie.

S’il y avait un dernier point avec lequel vous souhaiteriez conclure cette interview, lequel est-ce que ce serait ?

C’était agréable de parler de plans en particulier et du travail avec mon chef opérateur. La plupart du temps, la presse me parle de comédies romantiques et des acteurs avant de bifurquer sur le sujet de l’avortement, qui est quelque chose qui fait débat aux États-Unis. Je ne sais pas quelle est la vision à ce propos en France mais c’est une petite partie du film qui prend de l’ampleur dans les conversations sur le film. Comme je vous l’ai déjà dit, j’aime regarder les retours sur Letterboxd et je vois que certaines personnes ne s’engagent pas émotionnellement avec le film car les femmes n’avortent pas et qu’elles devraient sans doute le faire. Mais si elles se font avorter, il n’y aurait pas de film. Nous devions donc amener les meilleures raisons pour elles de conserver leurs bébés. Nous avions aussi l’impression d’essayer au mieux de montrer la réalité de l’avortement pour les femmes dans certains états du pays tout en amenant ce choix qu’elles font de conserver leur enfant. Cet aspect dépasse tous les autres pour certaines personnes sur un plan très intime. J’aurais voulu avoir plus l’occasion de parler de la façon dont nous avons travaillé avec des plannings familiaux. Nous avons voulu montrer des choses que d’autres comédies romantiques n’ont jamais montré ou ne le feront jamais, amener des conversations difficiles sur l’impact que peuvent avoir certaines décisions sur tout le monde. Aussi, Connor n’est jamais effrayé dans le film à s’exprimer sur ce qu’il ressent. Pour moi, qui pense être dans une relation émotionnelle mature avec partenaire et enfants depuis plusieurs années, il est normal de pouvoir exprimer directement ses sentiments. Cela peut amener une dispute si on n’est pas d’accord mais c’est ce que ça fait d’être dans une relation mature émotionnellement. Donc quand j’ai lu ces scènes, c’était la vision que j’avais : celle d’un couple qui n’avait pas peur d’exprimer ce qu’ils ressentent l’un à l’autre. Mais j’ai lu beaucoup de commentaires qui voient Connor être quelqu’un de manipulateur, notamment quand il dit à Olivia qu’il n’a pas envie qu’elle avorte, et pensent qu’il lui met la pression à ce sujet. C’est quelque chose qui m’a beaucoup surpris car je n’ai jamais lu ces répliques de cette manière. Je pense que c’est bien qu’il exprime ce qu’il ressent mais qu’il agit en sorte pour soutenir Olivia et Jenny dans leurs décisions respectives. C’est donc une controverse qui m’a surpris car je n’ai jamais lu le scénario sous cet angle. Est-ce quelque chose que vous avez senti aussi ?

Je n’avais pas cette impression non plus, j’avais plus la sensation qu’il était perdu suite à la tournure des événements et essayait de soutenir les personnages tout en exprimant ses propres émotions. La question de l’avortement reste un sujet sensible en France et Belgique car, même si c’est légalisé, le sujet revient régulièrement sur la table avec des personnes qui veulent supprimer ce droit. Mais cela ne m’a pas semblé être la question ici.

Les gens ont le droit d’avoir leurs ressentis personnels sur la manière dont le film résonne en eux. Ce que j’ai essayé de faire, dans une approche plus globale sur toutes mes réalisations, c’est de ne pas apporter de jugement envers les personnages. Je n’ai pas envie que le public sente que le film lui dise comment ressentir ce qu’il ressent par rapport à ce qui leur est raconté. Je préfère leur apporter ces protagonistes sans aucun jugement. En faisant cela, je pense que ça ouvre la perspective pour n’importe quel spectateur de se faire leur propre jugement sur n’importe qui. D’une certaine manière, c’est bien que ces personnes ressentent cela par rapport au film car cela montre qu’elles ont approché les personnages d’une manière qui leur est propre et qu’elles ont pu ressentir ce qu’elles ont senti avec Connor sans que je ne les oriente d’une manière ou d’une autre. Cela reste quand même quelque chose qui m’a surpris mais chaque opinion à propos du film est tout aussi valide qu’une autre. J’ai également l’espoir que c’est un film qu’on pourra voir dans quelques années et qui pourra réveiller quelque chose de positif, qui soit amené à une redécouverte d’une façon ou d’une autre. Cela s’est produit sur mon film précédent, qui est sorti durant la période Covid, mais qui est redécouvert par les gens et j’espère que cela sera également le cas avec « Plan à trois ».