Pour échafauder le cadre d’intrigues fortes en émotion, se concentrer sur une famille est un procédé largement utilisé au cinéma. Car la famille est censée être le centre d’un amour inconditionnel entre ses membres, amour filial, amour fraternel, complicité, connivence, intérêts communs. Et pourtant, la famille c’est aussi le terreau le plus fertile des inimitiés cachées, des non-dits, des rivalités et des trahisons.

La famille, une mine d’intrigues

Les parents aiment leurs enfants qui aiment leurs parents. Tout va pout le mieux dans le meilleur des mondes, le contexte est parfait pour monter une comédie qui détonne, et il y en a beaucoup. Les américains nous ont proposé l’explosive Famille Adams et la néolithique Famille Pierrafeu, les situations farfelues se multiplient et les rires fusent. Les équivalents francophones peuvent se retrouver dans Les Visiteurs ou Les Tuche, pour ceux qui aiment. Le ton est léger, voire badin, tous les prétextes sont bons pour sourire. Maintenant, si nous quittons un peu le monde des Bisounours, il y a des comédies dramatiques inoubliables où les membres de la famille ne nagent pas dans le bonheur. Les parents ne comprennent pas le monde où vivent les enfants, les rejetons méprisent les parents et leur manque du respect le plus élémentaire est de mise. Aux USA, c’est le très bon Little Miss Sunshine qui me vient à l’esprit avec cette quête constante de réussite qui vire à l’obsession morbide vu les échecs répétés et les illusions que se créent les personnages. En France, c’est Un air de Famille avec ces frères et sœurs qui nagent en pleins troubles dysfonctionnels depuis leur prime enfance. Si les rires sont parfois au rendez-vous, une mélancolie triste irrigue les films tout du long. Le rire devient une échappatoire, mieux vaut parfois rire de soi-même plutôt que de continuer à se faire des nœuds au cerveau. Dans le genre familles complètement déséquilibrées, La Famille Tenenbaum réussit le tour de force de marier un casting de prestige avec une intrigue lancinante où tout le monde semble malheureux au possible. Tim Burton aime également ces contextes où le rire et l’effroi se mélangent sans discontinuer, comme dans Dark Shadows. Un film qui me vient à l’esprit, un bon film choral français intitulé Fête de famille où la fratrie doit régler quelques vieux contentieux pour parvenir à avancer. Pêle-mêle, je me souviens du film monumental Boyhood avec ce petit garçon suivi sur une durée de 12 ans entre ses 6 et ses 18 ans. ET présente un extraterrestre qui débarque dans une famille américaine et sème le trouble. Pareil dans les Gremlins où une gentille petite peluche se transforme en prédateur à cause de petites gouttes d’eau. Les américains adorent partir d’un cadre familial pour présenter des schémas des cadres inédits, transversaux ou irréalistes, comme la famille de Captain Fantastic où les enfants vivent en dehors de tout cadre social car leur Papa veut les protéger de tous les dangers de la vie moderne. Maintenant j’arrive à ma famille la plus marquante, les Corleone. Francis Ford Coppola adapte le livre de Mario Puzo en montrant comment 3 frères et une sœur peuvent (ou pas) vivre dans l’ombre de leur père mafioso. La mort rôde autour de films qui multiplient les règlements de comptes, les morts violentes et les trahisons. Et les scènes cultes se multiplient tout au long des 3 films. Pour finir, un film douloureux au possible que j’ai vu après avoir découvert l’incroyable pièce de théâtre interprétée par Andréa Bescond, Les chatouilles. Une jeune fille est victime des agissements malsains d’un ami de la famille et les parents sont aveugles, ils ne voient rien, ou alors ils voient mais ne font rien. Bref, pas une histoire simple.

Et pour vous, quelle est la famille la plus inoubliable de l’histoire du cinéma?