Nous avions déjà eu l’occasion de rencontrer Salomé Dewaels au FIFF pour parler notamment de « Nino » et d’aborder avec elle pour un autre média cette « Île de la demoiselle » qui arrive cette semaine en Belgique. Au vu du plaisir qu’ont été ces différentes interviews, nous ne pouvions pas dire non à un nouvel entretien d’une des actrices les plus douées et chaleureuses de sa génération.

Comment as-tu vécu la première carrière du film en France ?

Bah c’était particulier, parce que je ne suis pas française et du coup, même si c’est un pays dans lequel je travaille, que j’aime beaucoup, j’avais moins de pression, on va dire. Alors qu’en Belgique j’ai un peu plus peur, mais tout simplement parce que c’est de là d’où je viens. Mais en tout cas, on a eu tellement un bel accueil, on a fait des avant-premières avec des retours qui étaient prenants, qui étaient très bien, qui étaient… Très émouvants. On a reçu beaucoup d’amour lors de la présentation du film en France de la part public. Donc c’est vrai que ça nous a porté. Et du coup, ça m’a rempli de joie parce que je me suis dit que c’était nécessaire de faire des films, de raconter ce genre d’histoire. quand on a des femmes de tout âge qui viennent nous prendre dans les bras, des hommes qui disent « Oh là là, je ne pleure pas beaucoup mais là j’ai un peu pleuré » ou bien que des gens qui viennent nous exprimer leur désaccord. En tout cas, ça a été très fort pour moi de susciter une forme d’émotion, de débat avec le public français.

Le film, par sa manière de se dérouler, joue sur sa narration. C’est quand même l’histoire de Marguerite qui raconte son histoire et qui finalement est dans un film qui parle de transmission. Comment se rapporte la transmission re touche ?

Dans tous les cas, dans n’importe quel film qu’on fait, que ce soit tiré d’une histoire vraie ou pas, le cinéma, c’est l’art de la transmission. On parle de sujets, on suscite, comme je le disais, le débat. Je ne sais pas tout à fait comment répondre à cette question puisque la réponse est déjà dans la question. Mais c’est vrai que faire des films, je parle dans mon cas, c’est ça, c’est transmettre quelque chose, de donner quelque chose et c’est reçu d’une certaine manière. Moi, j’ai ma grille de lecture sur un personnage, sur une histoire et puis le public s’en empare. Et ça c’est l’essence même de l’art pour moi.

Effectivement ! On a aussi ce rapport à la religion, marqué d’époque comme l’ont souligné Micha et Louis mais il y a quand même quelque chose de très dominateur et très patriarcal dans la manière dont la religion est représentée. Comment est-ce que toi tu l’as ressenti thématiquement ?

C’est marrant parce que je suis croyante dans ma vraie vie. Il y a quelque chose de dire que ce n’est qu’un point de vue. Les personnes se l’approprient comme elles veulent. Oui, évidemment qu’on sait que dans l’histoire, l’Église a eu une emprise sur les femmes, mais même sur les humains. À l’époque, au Moyen-Âge, on vendait des tickets pour aller au paradis. On marche sur la tête à ce niveau-là quand même. Comment je l’ai vécu ce rapport à la religion ? Dans le film, c’était indispensable d’en parler, parce que d’époque, on ne peut pas parler du XVIème et de l’emprise d’une femme sans parler du contexte. Dans ce cas-ci, c’était la religion, notamment parce que Thomas pense qu’il faut se marier devant Dieu pour qu’il nous pardonne. Pour Damien, c’est pareil. On n’aurait pas pu faire ce film sans parler de religion. Et après, chacun en fait son interprétation.

Le film est quand même particulier dans le paysage cinématographique francophone parce que c’est un film historique, c’est un film de survie, c’est un film qui joue beaucoup sur sa tension par rapport à cette île. Comment tu perçois le fait que ce soit un film à différents genres tout en arrivant à conserver sa propre identité ?

J’aime ça de me dire qu’on ne rentre pas dans une certaine case puisque finalement, dans la vie, on n’a pas qu’une case. La vie n’est pas qu’une drame ou une comédie. La vie est une comédie dramatique.  Je trouve que ce film a beau être au XVIe siècle, il est très moderne, très contemporain. La question de genre ne m’a jamais questionnée durant le film. On l’a souligné en interview mais ce n’est pas quelque chose que j’ai pris en considération. Pour moi, le film est un objet tel qu’il est. Je pense que c’est comme ça qu’il devait exister et pas autrement. Mais ça, c’est plus une question pour Micha. Je ne suis pas l’actrice donc ce n’est pas moi qui ai le pouvoir là-dessus.

Il m’avait justement aussi répondu par rapport à la notion de film de survie, en faire un cadre mais pas le côté principal.

Je n’ai pas travaillé du tout ce film comme un film de survie. Mon travail, c’est de jouer toute une période qui se passe. Mais comme on ne pouvait pas tourner dans l’ordre chronologique, je n’ai pas pu travailler la survie à travers l’amaigrissement. Oui, ça a été avec les costumes, mais je ne l’ai pas appréhendé comme un film de survie.

Peut-être très rapidement, on t’a déjà connu dans un film en costume avec « Illusions Perdues. On te retrouve ici dans un autre film historique. De quelle manière, en tant qu’actrice, le fait de jouer dans des films marqués d’époque peut faire changer ton jeu ?

Pour moi, un costume est un costume. Même quand je joue dans un film contemporain, mon costume est un costume. Mais par contre, cela n’a rien à faire dans un film d’époque. L’acte de mettre un costume, pour le coup, il est très frappant. Je n’ai pas du tout le même dégaine quand j’arrive le matin à l’habillage, au maquillage, à la coiffure que j’ai par la suite. La transition est très forte et c’est très ludique. Mon rapport concernant les films d’époque, lorsqu’on le fait, au-delà du fait que j’adore en faire parce que ça parle de sujets contemporains, c’est que c’est très ludique, parce que c’est rigolo, parce que ça renvoie à quelque chose de presque enfantin de pouvoir mettre des déguisements. Même si je ne dis pas que nos costumes, c’était des déguisements, mais c’est très agréable de pouvoir mettre un costume qu’on ne mettrait pas dans la vie de tous les jours. Ça donne tout de suite envie de jouer, d’explorer et d’être quelqu’un qu’on n’est pas. Même si j’ai quand même ce sentiment-là quand je mets des habits contemporains, si je joue en jeans et en basket, ça me fait à peu près la même chose. Sauf que là, je dirais que le curseur est un petit peu décuplé.

Est-ce qu’il y a un point du film que tu aimerais souligner car pas assez mis en valeur dans les questions que tu as reçues au fur et à mesure des interview ?

Ce que j’ai envie de mettre en valeur c’est de se dire que la sororité nous sauve et le film parle aussi de ça. La sororité par rapport au personnage de Damienne mais aussi par rapport au personnage de Marguerite de Navarre. Pour moi, le film raconte ça. La sororité nous sauve. Effectivement, c’est vrai que le personnage de Damienne peut être vu comme délaissée pour certains alors que je trouve aussi que c’est un moteur du film. D’ailleurs, quand on est en avant-première, tout le monde nous en parle du personnage de Damienne. C’est pour ça que je dis que j’ai l’impression que le film a été assez accueilli de la manière dont on avait envie.  Il y a une autre chose que je voudrais mettre en valeur c’est de se dire que l’art est politique et ce film est très politique aussi. C’est marrant parce qu’en Belgique je trouve que le film en tout cas, on a osé aller un peu plus dans cet aspect-là, de vraiment du côté politique du film.

Est-ce qu’il y a déjà des projets sur lesquels tu travailles en ce moment dont tu peux ou veux parler?

Bien sûr ! Il y a le film de Géraldine Nakache qui s’appelle « Si tu penses bien » qui sort en septembre où j’ai vraiment une petite apparition mais je suis très heureuse que Géraldine m’ait appelée pour servir cette histoire qui est tout autant nécessaire que « L’île de la demoiselle » et fin de l’année, il me semble je pourrais redemander la date précise, il y a une mini-série Arte que je suis en train de faire qui s’appelle « La pote d’un pote » de Julien Henry qui est un format de 11 fois 6 minutes où je prends énormément de plaisir je dirais plus vers la comédie. C’est l’histoire de deux meilleurs amies qui se racontent de légendes urbaines qui sont illustrées mais c’est avant tout une histoire d’amitié de deux jeunes femmes qui se cherchent dans la vie

Merci à Zouzou Vanbesien de Brightfish pour cet entretien